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Dans l'aube de Buenos Aires, larmes et prières d'Argentins "orphelins" de leur pape
"Orphelins" et désormais appelés à "être tous un peu François", les Argentins ont dès l'aube lundi prié, pleuré et médité à Buenos Aires pour le pape des pauvres et des exclus, un pape pas tout à fait comme les autres. Le leur.
Aux premières lueurs du jour, à peine informés de la mort du souverain pontife, des Porteños (habitants de la capitale), sur le chemin du travail, passaient, s'arrêtaient devant la cathédrale, l'ancien fief de l'archevêque Jorge Bergoglio, pour une bougie, un signe de croix, une larme.
Premiers recueillements de ce qui promet d'être un long deuil national - sept jours - décrété par Javier Milei. Un président ultralibéral jadis si critique d'un pape "gauchiste" selon lui, mais depuis réconcilié, et qui a salué lundi sa "bonté" et sa "sagesse", "malgré des différences qui aujourd'hui paraissent mineures".
Quelques heures plus tôt, le jour d'automne austral même pas levé, Agustin Hartridge, avocat de 41 ans, s'agenouillait devant les grilles d'une cathédrale encore fermée, déposant une bougie allumée sur les marches de l'édifice, "en hommage à tout ce qu'il nous a enseigné", expliquait-il à l'AFP.
"Le message de François a toujours été que nous devons nous unir et tendre la main à ceux qui en ont le plus besoin, aux retraités", ajoutait-il.
- Etre "tous un peu François" -
Non loin, une jeune femme d'une vingtaine d'années s'arrêtait quelques minutes devant les colonnes de l'édifice néo-classique aux faux airs de temple grec, en une silencieuse prière de rue. Avant de disparaître sur la place de Mai, casque de moto à la main, s'excusant d'être trop émue pour parler.
D'autres, passant devant la cathédrale, faisaient un signe de croix, comme Carlos Pellerano, employé de commerce de 62 ans, qui partageait sa "tristesse qu'il nous ait quittés juste maintenant, au moment où on avait tant besoin de lui en Argentine", où la situation sociale est difficile.
"Le pape des pauvres, des marginalisés, de ceux que beaucoup excluent, nous a quittés", a d'ailleurs lancé l'archevêque de Buenos Aires, Jorge Garcia Cuerva, en ouverture d'une première messe vers 8H30, pour près d'une centaine de fidèles.
"A présent, nous allons tous devoir être un peu François, être plus miséricordieux les uns envers les autres", a-t-il enjoint à l'assistance. "Le meilleur hommage est de nous unir, de construire des ponts et de dialoguer. Que François aille au ciel en sachant que ses enfants vivront dans l'unité".
Au dehors, Javier Languenari, 53 ans, secouait la tête en balayant les feuilles devant la cathédrale. "C'est une immense tristesse (...) En tant qu'Argentins, nous sommes un peu plus orphelins. Mais en tant que catholiques, nous savons que Jésus-Christ sera toujours là", ajoutait-il, embrassant sa croix autour du cou.
Graciela Vilamia, une sans-abri septuagénaire, pleurait, inconsolable, aux abords de cette cathédrale où elle vient mendier de jour. Jorge Bergoglio y fut archevêque de 1998 à 2013 et y lança tant d'appels en faveur des démunis, froissant plus d'une fois le gouvernement en place.
- "Il a beaucoup donné" -
"Je l'ai vu accueillir des mères de disparus (de la dictature) en pleurs. Je l'ai vu se sacrifier dans les bidonvilles. Je le connais depuis 30 ans", rappelait-elle. "Je voudrais qu'il reste, qu'il ne parte pas...".
"C'est très dur, parce qu'une personne qui se souciait des plus démunis est morte et nous laisse seuls", se lamentait Juan Jose Roy, retraité de 66 ans. "La seule chose qui m'apaise, c'est qu'il ait pu dire au revoir au monde hier à Pâques", poursuivait-il, ses mots rattrapés par les larmes.
Arrivé parmi les premiers pour un brève prière à la cathédrale, Guillermo Sanchez, Péruvien de 47 ans qui vit à Buenos Aires depuis 22 ans, exprimait sa peine spéciale pour la mort de François: "Ca ne m'était jamais arrivé avec les autres papes".
"Il a beaucoup donné, j'aurais aimé qu'il donne encore plus. Il était très proche de la jeunesse, de notre époque. Ce n'était pas un pape fermé, c'est pour ça que je me sentais proche de lui. François n'évitait aucun sujet", méditait-il.
Comme en écho, ou comme un symbole, Mgr Cuerva relevait d'ailleurs dans son homélie que la dernière audience du pape, dimanche, avait été "avec le vice-président des États-Unis (JD Vance) et il a une fois de plus partagé sa profonde préoccupation pour les migrants. Un homme qui a été constant du premier au dernier jour".
O.Karlsson--AMWN