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Kenya : foules immenses mais mieux sécurisées pour les funérailles de l'opposant Odinga dans l'Ouest
Des foules immenses se sont rassemblées samedi dans l'ouest du Kenya pour saluer la dépouille du héros local, l'opposant historique Raila Odinga, une cérémonie mieux sécurisée qui n'a heureusement pas fait de victimes après deux journées de ferveur à Nairobi où cinq de ses partisans ont péri.
Des dizaines de milliers de ses partisans ont afflué depuis le petit matin vers le stade Jomo Kenyatta de Kisumu, grande ville bâtie sur les bords du lac Victoria, où un hélicoptère a déposé le cercueil vers 8H45 (5H45 GMT), ont constaté des journalistes de l'AFP.
Une porte de l'enceinte sportive a d'abord été forcée, permettant à de nombreuses personnes de s'engouffrer dans les lieux, et des milliers de personnes se sont amassées initialement contre les grilles entourant la pelouse, faisant craindre une répétition des débordements de Nairobi.
D'impressionnantes bousculades ont également eu lieu près du cercueil. Mais la cérémonie de Kisumu s'est au final déroulée de manière plus ordonnée que les célébrations dans la capitale kényane.
"C'était bien mieux qu'à Nairobi. Nous étions prêts. Nous avons divisé (les partisans, NLDR). Nous avons appris" des erreurs commises jeudi et vendredi, s'est félicité Philip Nyaswa, un membre de l'équipe de sécurité.
Les services de secours ont indiqué avoir évacué une centaine de personnes. Selon Philip Nyaswa, la plupart l'ont été pour déshydratation.
- "Légende" -
"Nous nous attendions à une telle foule. Parce qu'il est notre légende", a réagi Sheryl Okoo, 20 ans, qui après avoir patienté six heures devant le stade, faisait la queue à l'intérieur, quand l'AFP l'a rencontrée, pour accéder au cercueil.
"Tellement de gens sont venus car nous aimons tellement +Baba+", ou "père", le surnom donné affectueusement à Raila Odinga, a de son côté estimé Rosa Aweti, 50 ans, qui après avoir vu la dépouille s'est effondrée au sol. "Je me sens très mal", a-t-elle soufflé à l'AFP.
Raila Odinga est mort mercredi en Inde, à l'âge de 80 ans, d'une probable crise cardiaque. Son cercueil est arrivé jeudi au Kenya, et a depuis lors donné beaucoup de fil à retordre aux autorités.
Ses fidèles ont d'abord bloqué plusieurs heures le principal aéroport de la capitale, où son cercueil venait d'arriver, car ils avaient pénétré dans des zones interdites.
Puis ils ont paralysé la circulation sur la plus grande artère de Nairobi, remplissant ensuite en un temps record le stade de Kasarani, le principal de la ville, où la dépouille devait être exposée une première fois au public.
Les forces de sécurité, dépassées, ont alors tiré à de multiples reprises, provoquant la fuite de dizaines de milliers de personnes de l'enceinte sportive en quelques minutes, dans un chaos absolu. Trois personnes sont mortes, selon VOCAL Africa, une organisation de défense des droits humains.
Vendredi, les funérailles d'Etat accordées à M. Odinga ont démarré plus calmement dans le plus petit stade de Nyayo. Mais après le passage des officiels, des milliers de personnes ont voulu se recueillir en même temps devant la dépouille de la figure politique kényane.
L'AFP a vu des spectateurs à se jeter en bas de gradins, tandis que d'autres étaient piétinés.
Quelque 163 personnes ont été traitées sur place, dont 34 ont été transportées dans des centres de soins, selon Médecins sans frontières, qui a fait état de "deux vies perdues dans la bousculade".
Raila Odinga a joué un rôle central dans l'avènement de la démocratie au Kenya. Détenu pendant huit ans sous le régime autocratique de Daniel arap Moi (1978-2002), il a notamment mis tout son poids dans la Constitution de 2010.
Candidat malheureux à cinq présidentielles, dont celle de 2022, il est surtout révéré par son groupe ethnique, les Luos, l'un des plus importants du Kenya.
"Sans +Baba+, nous sommes morts. Nous n'avons nulle part où aller", a commenté un jeune homme de 20 ans se présentant comme "Don Pelido".
S.Gregor--AMWN