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Turquie: le maire d'opposition d'Istanbul poursuivi pour 142 infractions
Le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, principal rival du président turc Recep Tayyip Erdogan et emprisonné depuis mars, est poursuivi officiellement pour 142 infractions, selon l'acte d'accusation publié mardi par le parquet de la ville et consulté par l'AFP.
Selon l'agence officielle turque Anadolu, M. Imamoglu, 54 ans, arrêté en mars pour "corruption" et considéré par la justice comme étant à la tête d'une organisation criminelle, risque jusqu'à 2.430 ans de prison.
Le maire de la plus grande ville turque, candidat du principal parti de l'opposition à la prochaine élection présidentielle, est notamment poursuivi pour fraude, blanchiment et trucage d'appels d'offres, selon l'acte d'accusation de plus de 3.700 pages.
M. Imamoglu, figure du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), première force d'opposition, nie toutes les charges pesant contre lui.
Au total, 402 suspects sont visés par l'acte d'accusation dans lequel figure dès la quatrième page un schéma montrant M. Imamoglu à la tête d'un réseau qualifié de "pieuvre".
Parmi ces plus de 400 suspects figurent de proches collaborateurs du maire d'Istanbul, arrêtés en même temps que lui le 19 mars et accusés d'avoir participé à la même "organisation à but lucratif".
Le procureur général d'Istanbul a affirmé mardi que ce réseau a causé un préjudice de 160 milliards de lires (3,3 milliards d'euros) et 24 millions de dollars (20,7 millions d'euros) à l'Etat turc sur une décennie.
- "Fonds pour la présidentielle" -
Selon le parquet, le maire d'Istanbul avait créé cette organisation dans le but de "prendre le contrôle du CHP" et de "générer des fonds pour sa candidature à la présidentielle".
Plusieurs maires CHP d'arrondissements d'Istanbul et le président du conseil d'administration de la municipalité d'Istanbul sont également inculpés de diverses infractions dont trucage d'appels d'offre, blanchiment d'argent, tentative d'abus de pouvoir et pots de vin.
Le principal avocat de M. Imamoglu, Mehmet Pehlivan, est notamment accusé de "tentatives d'abus de pouvoir" au cours de la "collecte des preuves en faveur" de son client.
L'acte d'accusation a été transmis mardi à un tribunal d'Istanbul qui, s'il l'approuve, fixera une date d'ouverture du procès de M. Imamoglu et de ses co-accusés.
Le procureur d'Istanbul, Akin Gürlek, a souligné mardi devant des journalistes que M. Imamoglu, "en tant que dirigeant d'une organisation, (...) est également tenu responsable des crimes commis par d'autres".
Il a précisé qu'il comparaitrait devant le tribunal installé au sein de la vaste prison de Marmara, à Silivri, dans l'est d'Istanbul, où l'édile est incarcéré à l'isolement.
L'arrestation de M. Imamoglu, qualifiée de "coup d'Etat" par le CHP, avait déclenché une vague de contestation en Turquie inédite depuis 2013.
Mais les manifestations quotidiennes avaient fini par cesser, après près de 2.000 arrestations.
Dans le cadre de ces mêmes investigations, le parquet d'Istanbul a indiqué mardi vouloir poursuivre le CHP pour "violation de la Constitution", affirmant que des listes électorales ont été illégalement transmises par des membres du réseau supposément dirigé par M. Imamoglu.
Le maire emprisonné fait par ailleurs l'objet de plusieurs autres enquêtes et a vu son diplôme universitaire invalidé en mars, rendant de facto impossible sa candidature à une élection présidentielle.
La dernière procédure en date, fin octobre, le vise pour "espionnage" dans le cadre de sa campagne de 2019.
"Tous ces procès ne visent qu'à maintenir notre candidat en prison" a dénoncé le président du CHP Özgür Özel lors d'un énième comparution du maire en septembre.
D.Sawyer--AMWN