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Peines aggravées requises contre les deux auteurs de la campagne de haine ciblant Samuel Paty
L'accusation a demandé vendredi d'alourdir à vingt ans de réclusion criminelle les peines en appel des deux initiateurs d'une campagne de haine contre Samuel Paty, lancée avant sa décapitation par un jihadiste tchétchène pour avoir montré des caricatures du Prophète lors d'un cours sur la liberté d'expression.
Contre deux proches de l'assassin, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, "compagnons de route" d'Abdoullakh Anzorov, le parquet général a en outre demandé seize ans de réclusion pour complicité d'assassinat.
Bien qu'ils s'en défendent, ils avaient "conscience du projet terroriste de leur ami" même s'ils "n'avaient pas connaissance" de ses modalités, estime une des deux avocates générales. Elle a demandé à la cour d'assises spéciale de Paris d'ordonner une période de sûreté des deux-tiers durant laquelle aucun aménagement de peine ne serait envisageable.
Cette mesure a également été requise contre Brahim Chnina, 54 ans, et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, rejugés depuis fin janvier par la cour d'assises spéciale de Paris pour cette cabale en ligne ciblant le professeur du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Les deux hommes avaient interjeté appel de leur condamnation en première instance à 13 et 15 années de réclusion criminelle.
Ils ne connaissaient pas Anzorov, tué après son crime par la police qu'il menaçait. Mais ils n'avaient mis un terme à leur cabale en ligne qu'après la décapitation du professeur d'histoire-géographie le 16 octobre 2020 près de son établissement.
"On ne reproche pas à Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui des actes préparatoires à l'attentat commis par Anzorov. Ce qu'on leur reproche, c'est des actes préparatoires à tous les Anzorov potentiels", déclare une des deux avocates générales.
Leur action et la désignation d'une cible ne peut être mise sous le coup de l'impulsion vite réprimée. Elle "dure dix jours, du 7 octobre au 16 octobre", relève la magistrate, dans un réquisitoire minutieux, s'employant, point par point, à priver d'oxygène la défense qui doit plaider vendredi et samedi.
La cabale a semé au collège une "terreur" qui "était là avant même l'entrée en scène du terroriste Anzorov": "On leur reproche eux d'avoir créé les conditions d'un passage à l'acte terroriste."
- L'école, "fondement de la République" -
"Jamais un dossier de terrorisme n'aura revêtu autant d'enjeux sociétaux", poursuit la magistrate, insistant sur la nécessaire protection de l'école, "fondement de la République".
"L'accusation cherche à faire un exemple et à ce que la cour d’assises répondent à des enjeux sociétaux, là où elle ne devrait être tenue que par le droit", a commenté un des avocats d'Abdelhakim Sefrioui, Me Vincent Brengarth.
Le crime a traumatisé la communauté enseignante et avait jeté l'effroi dans un pays sous tension, avec notamment des menaces d'Al-Qaïda après la republication de ses caricatures par Charlie Hebdo à l'occasion du procès des attentats de janvier 2015.
Les deux hommes affirment n'avoir eu ni conscience de l'assassinat à venir ni intention qu'il advienne. Ils disent également n'avoir pas été mus par la question du blasphème et des caricatures, invoquée par Anzorov dans la revendication de son crime.
Brahim Chnina a parlé du sentiment d'injustice d'un père à qui sa fille avait dit avoir dû quitter la classe parce que Samuel Paty aurait fait sortir les musulmans au moment de montrer les caricatures. Elle avait menti: exclue pour indiscipline, elle n'assistait pas à ce cours.
Quant à Abdelhakim Sefrioui, qui avait contacté Brahim Chnina au début de la campagne en qualité revendiquée de représentant du Conseil des imams de France, il n'aurait été animé que par sa conviction que le professeur avait stigmatisé les élèves musulmans.
Une ligne de défense, balayée par l'accusation: "On est bien sur la question du blasphème", tranche l'avocate générale, rappelant témoignages et propos passés des deux accusés.
Si Brahim Chnina a exprimé "honte" et regrets, Abdelhakim Sefrioui s'est posé en héraut des droits des musulmans, qui aurait été livré à la "vindicte" publique par les autorités françaises avec la complicité de "médias aux ordres".
Secouant parfois la tête ou esquissant un sourire ironique, l'ancien dirigeant du Collectif Cheikh Yassine, du nom du fondateur du Hamas palestinien, militant depuis plus de trois décennies, a écouté l'avocate générale le décrire comme un "manipulateur", intervenu en croyant déceler une occasion "de relancer sa carrière d'islamiste politique qui était en déshérence".
Le verdict est attendu lundi.
T.Ward--AMWN