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A Jérusalem, un Aïd "triste et douloureux" sans accès à la mosquée Al-Aqsa
"En ce jour de fête, où est la joie?" Comme chaque jour depuis le début de la guerre avec l'Iran, ce vendredi d'Aïd el-Fitr, qui marque la fin du ramadan, les accès à la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem-Est sont restés fermés.
A la grande tristesse des centaines de fidèles de musulmans qui ont tenté, à l'aube, la mine grave et sans trop y croire, de se rassembler devant les portes de la Vieille ville, dans ce secteur occupé et annexé par Israël.
La mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l'islam, sur l'esplanade des Mosquées, "nous est confisquée. C'est un ramadan triste et douloureux", gronde Wajdi Mohammed Choueiki, le regard bleu azur sous ses cheveux blancs de sexagénaire.
"Une situation catastrophique pour les habitants de Jérusalem, les Palestiniens en général, et pour tous les musulmans aux quatre coins de la terre".
- Au pied des murailles -
Ville sainte pour les trois monothéismes, Jérusalem est un enjeu central du conflit israélo-palestinien et l'objet de tensions permanentes.
Depuis le début des bombardements israélo-américains sur l'Iran il y a 21 jours, les autorités israéliennes, invoquant des raisons de sécurité, ont interdit l'accès aux lieux saints de la Vieille Ville: le Kotel (mur des Lamentations), lieu le plus sacré où les juifs sont autorisés à prier, la basilique du Saint-Sépulcre pour les chrétiens, et pour les musulmans, l'esplanade des Mosquées, symbole national palestinien mais tout aussi important pour les juifs, qui l'appellent le mont du Temple.
En raison de l'état d'urgence, les rassemblements de plus de 50 personnes sont interdits, ce qui affecte les offices et le culte des trois religions.
Ne pouvant se rendre à Al-Aqsa, des fidèles musulmans ont tenté ces derniers jours de venir prier au pied des murailles de la Vieille Ville, sous l'oeil de la police qui les a parfois expulsés sans ménagement.
Ce vendredi, alors que le jour se lève, ils arrivent par petits groupes, des hommes de tout âge, pour certains leur tapis de prière sous le bras.
- "La victoire aux opprimés" -
Au cri de "Allah akbar" (Dieu est le plus grand) ou psalmodiant la chahada (profession de foi musulmane), ils tentent de s'approcher des portes d'accès au quartier musulman.
Des dizaines de policiers les écartent, parfois à coups de pied, d'une taloche derrière les oreilles, ou en usant au moins à deux reprises de grenades lacrymogènes.
La foule revient à la charge. La police cède finalement, tolère pour quelques minutes cette prière de rue improvisée au milieu de la chaussée, dirigée par un imam monté sur un petit tabouret de plastique.
"Faites de la prière de l'Aïd le signe d'un nouveau pacte avec Dieu. Priez, invoquez Dieu tout-puissant et espérez être exaucés". La parole est religieuse, mais la politique perce en conclusion: "Ô Dieu, accorde la victoire aux opprimés".
Les policiers israéliens repoussent alors les fidèles qui s'égaillent sans résistance dans les ruelles, achetant au passage les pains encore chauds vendus sur des étals de rue.
Ce rassemblement de quelques centaines de fidèles, quoique modeste en apparence, sort de l'ordinaire. Et contraste avec les traditionnels Aïd où l'esplanade des Mosquées accueille bien au-delà de 100.000 croyants et leurs familles.
"L'occupant, sous prétexte de sécurité et pour ses propres intérêts, a fermé la mosquée", déplore peu après le religieux, Ayman Abou Najm, venu de Beit Hanina, quartier palestinien de Jérusalem-Est.
Traditionnellement, "chacun d'entre nous y va avec sa famille, ses proches et ses enfants.(...) Dans l'histoire de l'occupation, c'est la période la plus longue durant laquelle la mosquée Al‑Aqsa a été fermée", fustige l'imam.
"Le ramadan sans la mosquée Al-Aqsa, c'est un sentiment très triste, confie un autre participant, Zeyad Mona, disant avoir "le coeur brisé".
Ch.Kahalev--AMWN