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Près de trois mois après sa capture, Maduro de retour devant la justice américaine
Le président vénézuélien déchu Nicolas Maduro comparait jeudi devant un tribunal de New York, sa deuxième apparition publique depuis sa spectaculaire capture début janvier par les Etats-Unis.
Peu après 4H00 du matin, un important convoi policier a conduit l'ancien chef d'Etat de 63 ans et son épouse Cilia Flores, 69 ans, depuis la prison de Brooklyn où ils sont détenus au tribunal fédéral du district sud de Manhattan.
Là, des dizaines d'opposants et partisans de l'ex-chef d'Etat se sont rassemblés, à quelques mètres les uns des autres.
"Nous sommes désespérément en quête de la moindre forme de justice pour tout ce que nous avons traversé", a rapporté à l'AFP Carlos Egana, éducateur vénézuélien de 30 ans qui brandit un mannequin grimaçant à l'effigie de Nicolas Maduro. "Et le fait que cela se produise, que ce soit ici aux Etats-Unis ou ailleurs, est une raison de s'en réjouir."
Pas loin d'eux, des militants de petites organisations de gauche brandissent des pancartes hostiles à la politique de Donald Trump : "Du Venezuela à l'Iran, assez de sanctions et de bombes !".
Une brève bousculade a éclaté dans la matinée entre des membres des deux groupes, jusqu'à ce que la police intervienne, a constaté un journaliste de l'AFP.
Nicolas Maduro ne s'est pas exprimé depuis une première audience devant le même tribunal le 5 janvier, au cours de laquelle lui et sa femme ont été formellement inculpés de trafic de drogue, motif officiel de leur capture.
- "Prisonnier de guerre" -
Combatif, il s'était alors présenté comme "le président de la République du Venezuela" en exercice, "kidnappé" par les Etats-Unis, se définissant dès lors comme un "prisonnier de guerre".
S'exprimant jeudi devant la presse à l'occasion d'une réunion à la Maison Blanche, Donald Trump a déclaré que "d'autres affaires seront portées devant les tribunaux" contre l'ex-chef d'Etat, sans donner davantage de précisions.
Depuis son arrivée sur le sol américain, le 3 janvier, Nicolas Maduro et sa femme sont incarcérés au Metropolitan Detention Center (MDC) de Brooklyn, prison fédérale connue pour son insalubrité et sa gestion défaillante.
Seul dans sa cellule, sans accès à internet et aux journaux, celui que certains de ses codétenus appellent "le président" lit la Bible, selon son entourage.
Il fait aussi "de l'exercice", a affirmé depuis Caracas son fils, le député Nicolas Maduro Guerra dit "Nicolasito" (petit Nicolas).
L'audience de jeudi vise principalement à résoudre des questions de procédure, préalablement à tout début d'examen au fond.
Poursuivi aux Etats-Unis pour quatre chefs d'accusation, dont narcoterrorisme, l'ex-chef d'Etat est accusé d'avoir protégé et promu un vaste trafic de drogue, en s'alliant notamment avec des mouvements de guérilla et des cartels criminels considérés comme "terroristes" par Washington.
Son épouse fait face à trois chefs d'accusation.
Alors que les deux plaident non coupable, leurs avocats demandent une annulation de l'acte d'accusation.
Au cœur de leur argumentation : l'administration américaine empêche l'Etat vénézuélien de payer les frais de défense du couple, du fait des sanctions internationales qui pèsent sur leur pays.
Selon la défense, interdire à un accusé l'accès à un avocat de son choix est une violation d'un droit garanti par le sixième amendement de la Constitution américaine. Le parquet estime au contraire que le couple dispose d'assez de ressources pour payer lui-même.
Chargé de trancher ce premier litige (puis, à une date qui n'a pas encore été arrêtée, de conduire le procès de l'ancien chef d'Etat) : le juge Alvin Hellerstein, un vétéran de la justice new-yorkaise âgé de 92 ans.
Rompu aux gros dossiers médiatiques, il est chargé depuis plus de dix ans de la vaste affaire de trafic de drogue dans laquelle est inculpé Nicolas Maduro, qui a déjà abouti à la condamnation de l'ancien chef des services de renseignements du Venezuela, Hugo Armando Carvajal.
Depuis la capture du couple, l'ancien chauffeur de bus qui avait succédé à Hugo Chavez et dirigé le pays pendant 12 ans a été contraint de laisser la place à celle qui était sa vice-présidente, Delcy Rodriguez.
Cette dernière multiplie depuis les concessions et gestes d'apaisement à l'égard des Etats-Unis, tandis que Donald Trump répète à l'envi que c'est lui qui dirige désormais de facto le pays depuis Washington.
L.Davis--AMWN