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Critiquée par les Occidentaux, la présidente de Tanzanie en visite en Russie
La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan, dont la réputation dans les pays occidentaux est ternie par la répression sanglante au moment de son élection l'an passé, a commencé mercredi une visite d'Etat de trois jours en Russie par une rencontre avec son homologue russe Vladimir Poutine au Kremlin.
"Ma visite est d'une importance spéciale pour moi personnellement et pour mon pays", a déclaré Mme Hassan au début de cette réunion, qu'elle a qualifiée d'"historique" dans des propos retransmis à la télévision.
Vladimir Poutine a de son côté appelé à "accroître les échanges commerciaux" entre leurs deux pays et s'est dit "très heureux" d'accueillir la présidente tanzanienne.
M. Poutine, dont l'armée est à l'offensive en Ukraine depuis plus de quatre ans, avait été l'un des premiers à féliciter Mme Hassan, dont il avait loué "la haute autorité politique" et le "soutien populaire" dont elle bénéficiait après sa victoire, obtenue officiellement avec quelque 98% des suffrages.
La Tanzanie avait pourtant sombré dans plusieurs journées de violences, marquées par d'importantes violences policières, le 29 octobre, le jour d'élections législatives et présidentielle jugées frauduleuses par des observateurs internationaux.
Plus de 2.000 personnes, dont des manifestants hostiles au pouvoir, avaient été tuées par les forces de sécurité, selon l'opposition. Des diplomates sur place ont fait état à l'AFP de 1.000 à 2.000 morts.
Une commission d'enquête mise en place par le pouvoir, dont l'opposition dénonce l'absence d'indépendance et d'impartialité, a recensé en avril 518 morts et 2.390 blessés.
- "Réorienter" vers Moscou -
A la suite de ces massacres, les Etats-Unis avaient annoncé vouloir revoir leurs relations avec la Tanzanie. La semaine dernière, Washington a sanctionné un haut responsable de la police pour des tortures infligées à deux défenseurs des droits humains.
"Que le mot +démocratie+ ne vienne pas salir nos pays ni leurs traditions et leurs coutumes", estimait Samia Suluhu Hassan début mai.
"La démocratie n'a pas de formule fixe. La démocratie en Occident est différente de la nôtre ici", avait-elle poursuivi, appelant à "battre à coups de bâton" la jeunesse "irrespectueuse" pour la "remettre dans le droit chemin".
La cheffe de l'Etat entame ce déplacement en Russie tandis que Moscou cherche depuis plusieurs années à renforcer sa coopération avec les pays africains.
La précédente - et seule - visite officielle d'un président tanzanien dans ce pays remontait à octobre 1969, lorsque le premier dirigeant post-indépendance et chantre d'un socialisme africain, Julius Nyerere, s'était rendu dans la capitale de l'URSS.
"Samia Suluhu est désormais en train d'activement réorienter la Tanzanie vers la Russie, dans ce qui semble être une tentative de se protéger, elle et son régime brutal" face à toute mise en cause "pour les tueries" d'octobre, a commenté sur X Mange Kimambi, une célèbre défenseure tanzanienne des droits humains.
La Russie apporte son "soutien au boucher de la Tanzanie", a encore dénoncé Mme Kimambi, qui, de son exil aux Etats-Unis, avait diffusé en octobre et novembre des centaines de photos et vidéos de Tanzaniens morts ou blessés, contribuant à faire connaître l'ampleur du massacre commis dans son pays.
- Russie "opportuniste" -
La visite de Mme Hassan vise à renforcer la "longue relation diplomatique, politique et économique" avec la Russie et à promouvoir "une Tanzanie pacifique, stable politiquement et accueillante pour les investisseurs", a à l'inverse écrit dans un communiqué le gouvernement tanzanien.
Les échanges commerciaux russo-tanzaniens s'élèvent actuellement à environ 307 millions de dollars par an (264 millions d'euros), selon la Tanzanie, bien loin des cinq milliards de dollars (4,3 milliards d'euros) annuels que représentent ceux avec la Chine par exemple.
Le seul projet concret de coopération avec la Russie reste le développement de l'exploitation d'une mine d'uranium par les Russes. Mais les discussions traînent depuis plus de dix ans.
"La Russie est opportuniste", affirme Fergus Kell, chercheur au centre de réflexion britannique Chatham House. "Cette visite ne lui coûte et ne lui rapporte pas grand-chose mais elle profite d'un gouvernement (tanzanien) affaibli."
Un Conseil d'affaires Russie-Tanzanie a été créé en janvier. Le mois dernier, la compagnie aérienne publique Air Tanzania a annoncé des vols entre la capitale économique Dar es Salaam et Moscou d'ici à fin 2026.
Le voyage de Mme Hassan à Moscou peut permettre à la Tanzanie de "se diversifier, notamment économiquement", estime un universitaire tanzanien contacté par l'AFP.
"De son côté, la Russie a besoin de soutien dans le contexte de guerre en Ukraine, même si c'est simplement pour s'assurer un vote d'abstention supplémentaire aux Nations unies", ajoute-t-il, requérant l'anonymat par crainte de représailles. Une illustration du climat régnant en Tanzanie.
Ch.Havering--AMWN