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Procès Pormanove: bracelet, sursis et bannissement numérique requis contre les streamers
Le parquet a dénoncé mardi à Nice "un système de maltraitance" mis en place par les streamers Naruto et Safine dans les violences et humiliations en ligne ayant précédé la mort en direct de Jean Pormanove en août 2025.
La procureure Maud Marty a requis 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique, et 30.000 euros d'amende contre Owen Cenazandotti, alias Naruto, 27 ans, et 18 mois avec sursis probatoire et 15.000 euros d'amende contre Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans.
Elle a aussi demandé un "bannissement numérique" des deux hommes, qui seraient interdits à vie de publier sur les plateformes.
Le jugement a été mis en délibéré au 5 août à 13H30.
Le procès n'a pas porté sur la mort à 46 ans de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove ou JP, dont la découverte en direct du corps inerte sous son drap a choqué le monde entier : après autopsie, l'enquête sur ce volet a été classée sans suite en février.
Mais les deux streamers étaient jugés pour des violences et des humiliations infligées à JP et à Stéphane G., alias Coudoux, quadragénaire sous curatelle, au cours de milliers d'heures de live entre 2023 et 2025 sur les plateformes Twitch puis Kick.
Les images diffusées ou décrites à l'audience lundi devant le tribunal correctionnel de Nice montrent JP et Coudoux recevoir des gifles, des coups de pied, de fouet ou de batte de baseball, des cris dans les oreilles... JP reçoit des œufs frais sur la tête, des seaux d'eau, des insultes, au son d'une petite chanson "JP veut pas d'ça".
Pour Mme Marty, il s'agit d'un "système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation", car "les violences sont le programme, elles font le scénario".
Et "le simple fait que la mort [de JP, ndlr] soit survenue en live traduit la dérive", a-t-elle ajouté.
- "Notre délire" -
Pour les streamers, le concept de la chaîne était simple: quand JP s'énerve, il est marrant. Et donc tous les scénarios sont envisagés pour provoquer ses colères fulgurantes, aussi vites éteintes, "dans la bonne ambiance", a assuré Naruto, en affirmant s'inspirer des défis potaches des débuts de Mickaël Youn ou Cyril Hanouna.
Devant le tribunal, Coudoux a refusé de se considérer comme victime: "On était une bande de potes, c'était juste notre délire".
"Le concept repose sur la désignation d'une catégorie de personnes comme objet de mépris", a répliqué Mme Marty.
Avec une moyenne de 20.000 internautes devant chaque live le soir de 21H00 à minuit, c'était la chaîne Kick la plus regardée en France. Des influenceurs, chanteurs ou footballeurs y ont participé, et ses protagonistes ont touché jusqu'à 6.000 euros par mois, même plus pour Naruto.
"On a vécu une aventure exceptionnelle. On a voyagé, on a kiffé, on a fait du bien à plein de gens. On voyait pas le mal", a raconté Naruto. "On ne peut pas leur reprocher les dérives de notre siècle", a plaidé son avocat, Me Fabien Carles, n'hésitant pas à parler à plusieurs reprises de "pichenettes".
Safine, ami d'enfance qui l'avait rejoint pour animer la chaîne, s'est montré beaucoup plus contrit, assurant avoir essayé de prendre ses distances et se sentir aujourd'hui "pas fier". Désormais installé en région parisienne mais sans emploi ni perspective, il a expliqué "se faire traiter de meurtrier, se faire insulter H24 par toute la planète".
Naruto en revanche est resté dans le milieu et projette de réaliser des vidéos de voyages, même si son contrôle judiciaire lui interdit pour l'instant de publier sur les plateformes. En attendant, il écrit des concepts et loue du matériel à d'autres créateurs de contenus. Son petit frère a d'ailleurs repris des lives depuis le "Lokal", le studio de Contes, près de Nice, où JP est mort.
Parallèlement aux procès niçois, une enquête est en cours à Paris sur Kick, pour déterminer si elle a rémunéré Naruto et Safine et quels freins elle a mis à leurs dérives. Les streamers, qui n'ont jamais rien déclaré au fisc, font aussi l'objet d'une enquête sur leurs finances.
D.Moore--AMWN