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En Inde, malaise autour de l'affaire des dons du temple de Ram
Embarras à New Delhi. Deux ans à peine après avoir été inauguré par le Premier ministre Narendra Modi, l'emblématique temple dédié au dieu Ram à Ayodhya (nord) est éclaboussé par une affaire de détournement des dons des fidèles.
Les autorités n'ont pas révélé le montant des sommes qui ont disparu des comptes du temple, mais les médias locaux affirment qu'elles atteindraient jusqu'à 30 millions de roupies (275.340 euros).
La police enquête et a déjà arrêté huit personnes, toutes en charge de collecter les dons.
La révélation de ces fraudes a semé l'émoi en Inde, et reposé la question de la transparence et de la gestion des milliards de dons et autres offrandes religieuses versés chaque année dans le pays.
Les sommes sont colossales.
Pour l'année fiscale 2024-2025, Ayodhya a déclaré 3,27 milliards de roupies (30,6 millions d'euros) de revenus, dont 1,5 milliard de dons, selon le fonds Shri Ram Janmabhoomi Teerth Kshetra qui le gère.
Il faut dire que le temple est l'un des plus fréquentés en Inde. Officiellement plus de 50 millions de pèlerins par an - bien plus que le fameux Taj Mahal et ses 8 millions de visiteurs - qui déversent chacun leur lot de pièces, de billets, d'or ou d'argent.
Le scandale ne pouvait pas plus mal tomber pour l'homme fort de l'Inde, qui avait fait de sa construction l'une de ses priorités politiques.
- "Transparence" -
L'édifice est né au terme d'une bataille aussi longue que meurtrière, engagée en 1992 par les extrémistes hindous qui ont détruit la mosquée érigée selon eux plusieurs siècles plus tôt sous l'ère moghole sur le lieu de naissance du dieu Ram.
Les violences entre hindous et musulmans qui ont suivi ont causé plus de 2.000 morts.
La controverse a fini devant les juges de la Cour suprême, qui ont autorisé en 2019 la construction du temple, inauguré en 2024 quelques mois avant la réélection de M. Modi à la tête du pays.
Selon la fondation, quelque 341 millions de dollars ont été collectés pour sa construction.
En Inde, le marché de la religion et de la spiritualité a été évalué en 2025 à plus de 70 milliards de dollars, et devrait atteindre 135,4 milliards d'ici 2034, a évalué la firme de conseil IMARC.
"Son problème systémique, c'est le manque de transparence et de responsabilité", a estimé auprès de l'AFP Rahul Easwar, un militant hindou et petit-fils du grand prêtre du temple de Sabarimala (sud).
Les institutions religieuses ont besoin de contrôles financiers renforcés, de comptabilité analytique, de télésurveillance des urnes où les fidèles déposent leurs dons, a-t-il jugé.
L'activiste insiste sur les défis que posent les rassemblements religieux géants qui se succèdent tout au long de l'année et rassemblent des millions de pèlerins qui donnent sans compter et sans contrôle. Au risque de faciliter les fraudes.
- "Vol" -
Les organisateurs de la Kumbh Mela début 2025 n'ont pas révélé le montant des dons de ses plus de 650 millions - chiffre officiel - de participants.
Avocats et fiscalistes soulignent eux la disparité des lois qui s'imposent aux institutions religieuses. "Il n'existe aucun cadre national régissant la transparence financière", explique Sonam Chandwani, partenaire de la firme KS Legal & Associates.
La masse financière atteinte par certaines institutions l'impose, insiste l'analyste politique Anurag Naidu.
"Les communautés religieuses sont devenues bien plus que de simples lieux de prières", souligne-t-il, "elles ont besoin de systèmes de contrôle financier et de surveillance indépendants".
L'affaire du temple de Ram va au-delà de ces questions de gouvernance et a pris un tour politique.
Principal opposant à M. Modi, le parti du Congrès a dénoncé par la voix d'un de ses chefs, Abhishek Manu Singhvi, un "pillage systématique" et s'est interrogé sur ses potentiels bénéficiaires.
Pointé du doigt, le parti du Premier ministre (BJP) a dénoncé en retour des critiques "pro-Islam".
Au guidon de son rickshaw dans les rues de la capitale New Delhi, Ashok Prasad Kushwaha ne cache pas, lui, son sentiment d'avoir été trompé.
"Nous donnons de l'argent parce que nous pensons qu'il sert le travail de Dieu", explique ce triple visiteur d'Ayodhya. "Si cet argent a été volé dans un temple, c'est comme si j'avais moi-même été volé".
F.Bennett--AMWN