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Dans les rivières à sec du Finistère, la bataille pour sauver les poissons
La sécheresse a réduit la rivière à une succession de mares à l'eau vaseuse : la fédération de pêche du Finistère organise, comme ailleurs en France, des opérations de sauvetage de poissons pour les déplacer vers des zones plus favorables à leur survie.
A Langolen (Finistère), une vingtaine de bénévoles en waders se préparent à descendre dans le Steïr, petit affluent de l'Odet.
Au milieu du groupe, Mathieu Le Bouter, technicien de la fédération locale de pêche, rappelle les consignes. La pêche de sauvetage, validée par l'Office français de la biodiversité (OFB), vise à sauver le maximum de saumons atlantiques et de truites farios, des espèces "patrimoniales".
L'idée est simple : prélever les salmonidés menacés puis les relâcher plus en aval, dans l'Odet, où l'eau continue encore de couler.
Une fois descendu dans le lit du Steïr, le constat est saisissant: la rivière n'est plus qu'une succession de trous d'eau stagnante. L'eau boueuse monte à peine jusqu'à mi-mollet.
Mathieu Le Bouter est le seul habilité à manier l'appareil de pêche électrique. L'équipement "électrostimule" les poissons, qui sont récupérés à l'épuisette avant d'être placés dans des bassines puis dans une cuve oxygénée installée sur le plateau d'un pick-up.
La progression est lente. Les arbres tombés lors de la tempête Ciaran, en 2023, entravent toujours le passage.
Après toute une matinée de travail, le bilan est jugé satisfaisant: 130 truites, six jeunes saumons et quelques anguilles ont été capturés et transférés.
"On intervient avant que la mortalité monte. Là, on récupère ce qui est attendu", dit-il, se disant satisfait.
Mais les prochaines semaines l'inquiètent. Sans pluie, les cours d'eau vont continuer de s'assécher... "On est désemparé. On essaie de diminuer l'impact. (...) L'équilibre aquatique va mettre des années à s'en remettre."
- "Dramatique" -
"L'Odet est le premier à avoir été en crise, mais tous les bassins vont céder d'ici huit à dix jours. On va être obligé d'intervenir. Le niveau d'eau et les températures peuvent devenir fatals pour les salmonidés", confirme Pierre Péron, président de la fédération départementale.
Et parfois, il n'y a pas de solution. "Des fois, les pêches de sauvetage ne servent à rien car l'aval est à sec ou l'eau y est trop chaude. Et on ne transfère pas une truite d'un bassin à l'autre pour des raisons sanitaires", ajoute-t-il.
Ce constat dépasse largement le seul Finistère.
Pour Jérôme Guillouët, responsable technique à la Fédération nationale de la pêche (FNPF), la situation est "dramatique" et "presque à un paroxysme". De nombreux responsables locaux lui remontent "qu'ils n'ont jamais connu ce qu'ils voient actuellement, en intensité et aussi en précocité". Partout les opérations de sauvetage se multiplient.
La chaleur, explique-t-il, entraîne un cercle vicieux: hausse des températures de l'eau, baisse de l'oxygène, concentration des polluants et mortalité accrue des organismes aquatiques. Quand il y a encore de l'eau....
Selon un bilan publié début août par l'OFB, les rivières françaises sont frappées par une sécheresse "historique", "la plus critique jamais enregistrée à cette période". Au 1er août, 1.373 cours d'eau étaient touchés par des ruptures d'écoulement ou des assecs.
"Il n'y a pas de quoi être optimiste", prévient Jérôme Guillouët.
Un peu plus à l'est, la Direction régionale de l'environnement (DREAL) du Centre-Val de Loire, qui couvre une grande partie du bassin de la Loire, fait le même constat.
"On est sur une situation historique depuis le mois de juin", souligne David Besson, chef du département hydrométrique. "Ce qui s'est passé cette année est complètement exceptionnel en termes de rapidité. (...) Il y a une signature très concrète du dérèglement climatique."
Le manque de pluie et les phénomènes d'évaporation liés à la canicule ont entraîné des "tarissements d'une très grande violence" : "C'était dur pour les gens de supporter 40 degrés, mais pour le milieu, ça a été catastrophique."
F.Dubois--AMWN