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Biodégradable en neuf mois: à Londres, le ballon fait sa révolution verte
Symbole de fête mais cauchemar écologique, le ballon de baudruche s'offre une révolution verte: à Londres, des chercheurs assurent avoir mis au point le premier modèle entièrement biodégradable, qu'ils prévoient de commercialiser d'ici moins de deux ans.
"Nous avons réalisé des centaines d'essais et connu énormément d'échecs avant d'en arriver là", s'enthousiasme Juliana Cumming, doctorante à l'Imperial College de Londres et co-inventeuse du "Bioloon", un ballon 100% biodégradable.
A une différence près, selon la doctorante: il se désintègre en neuf mois, contre plusieurs années pour le modèle original.
Le "Bioloon" est issu d'un partenariat public-privé initié par Charlotte Melia, une cheffe d'entreprise spécialisée dans l'événementiel qui revendique une fibre écologique.
"A l'époque, je ne savais pas que les ballons n'étaient pas biodégradables, car les emballages eux-mêmes indiquaient qu'ils se désintégraient à un rythme comparable à celui d'une feuille de chêne", explique-t-elle à l'AFP.
Mais en se documentant, l'entrepreneuse, qui installait alors "des milliers de ballons par semaine" pour divers événements, prend la mesure du problème. Elle décide d'agir en finançant, avec son associée, une partie du doctorat de Juliana Cumming, convaincue qu'une alternative est possible.
- Risque écologique -
Leur impact environnemental reste pourtant largement méconnu du grand public. Plusieurs travaux scientifiques ont documenté les risques liés à la dispersion des ballons dans la nature, notamment pour la faune marine et les oiseaux.
Une étude de l'Université australienne de Tasmanie, publiée en 2019 dans la revue Scientific Reports, révèle que les ballons constituent "les débris marins les plus dangereux" pour les oiseaux, avec un risque de "mortalité 32 fois supérieur à celui du plastique dur".
Juliana Cumming a consacré trois ans à l'élaboration de sa formule. Le point de départ reste le même que pour un ballon traditionnel: le latex naturel, issu de la sève de l'hévéa, un arbre d'Amazonie.
"Mais pour transformer le latex naturel en ce que nous appelons le caoutchouc, il passe par un processus appelé vulcanisation au soufre", explique la chercheuse. "Ce procédé implique de nombreux additifs qui contiennent des substances chimiques pouvant se retrouver dans l'environnement et qui empêchent les ballons de se désintégrer."
La technique de vulcanisation utilisée aujourd'hui n'a pour l'essentiel pas changé depuis l'invention du ballon, en 1824, souligne-t-elle.
- Gants, préservatifs, vêtements ... -
C'est sur cette étape que la chercheuse a concentré ses travaux.
"Pour notre ballon, nous utilisons une méthode qui permet de lier les matériaux entre eux sans recourir à des additifs, ce qui lui permet de se biodégrader à 100%", explique-t-elle sans dévoiler davantage la recette, protégée par un brevet.
Grâce à cette méthode, le "Bioloon" se désintègre quel que soit le milieu dans lequel il se trouve, soutiennent ses concepteurs.
"Nous l'avons initialement testé dans la terre, l'eau de mer et l'eau déionisée. Il s'est désintégré dans toutes ces conditions", insiste la doctorante, qui précise que son ballon se gonfle aussi facilement qu'un ballon traditionnel et conserve les mêmes caractéristiques.
Doctorante et cheffe d'entreprise préparent désormais la commercialisation de leur invention. Le prix devrait être le même que pour un ballon ordinaire.
"Nous avons déjà été contactées par plusieurs fabricants de ballons ainsi que par un certain nombre de grossistes et de distributeurs", indique la chercheuse.
Charlotte Melia l'assure: la recette est déclinable à d'autres objets du quotidien ou du secteur médical: gants de ménage, gants chirurgicaux, vêtements en latex ou encore préservatifs.
Son ultime ambition? Hisser ce matériau jusque dans les collections de designers soucieux de développer des vêtements éco-responsables.
Ch.Kahalev--AMWN