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A Conakry, le désespoir et la colère après l'éboulement meurtrier d'une décharge
"Nous les jeunes on a tout fait pour éviter cela ! On a organisé des réunions, on a invité les responsables mais ils n'ont pas pris la chose au sérieux", s'insurge Abou Hamza, après l'éboulement meurtrier d'une décharge à Conakry.
Ce résident, qui est un des responsables des jeunes du quartier Dar es Salam, "accuse l'Etat" après l'éboulement sur des habitations d'une décharge d'ordures située à proximité, dans la banlieue de la capitale, Conakry. Cette catastrophe, survenue après de fortes pluies, a fait au moins 30 morts et 22 blessés.
Le drame s'est déroulé dans la nuit de samedi à dimanche. Plusieurs habitations ont été emportées dans l'éboulement.
"L'Etat n'a pas pris les mesures que la décharge soit fermée. Pourtant, ils nous avaient promis, cela fait un an", déplore Abou Hamza, interrogé par l'AFP sur les lieux.
"On a organisé des réunions, on a organisé des sacrifices, on a invité les responsables des départements concernés, mais ils n'ont pas pris la chose au sérieux... Donc c'est ce qui a fait cet éboulement", se désole-t-il.
La zone du quartier de Dar es Salam emportée par l'éboulement offre désormais un spectacle de désolation.
Pendant toute la journée de dimanche, des tractopelles ont fouillé le site, des dizaines de personnes, notamment des enfants, agglutinés au sommet et autour de la décharge à la recherche désespérée de survivants et de victimes.
Le va-et-vient des équipes de secours transportant des blessés sur des brancards, escortés par des proches hurlant leur douleur, a duré plusieurs heures, ont constaté des journalistes de l'AFP.
Des dizaines d'habitantes du quartier endeuillées, sous le choc, criaient leur douleur ou se réconfortaient les unes les autres jusque tard dans la nuit, dans une atmosphère électrique.
- "Tragédie" -
Le jeune Alhassane Camara, résident du quartier, a raconté à l'AFP le moment où l'éboulement a frappé son habitation en pleine nuit, tuant sur le coup l'un de ses petits frères.
"Je dormais avec mes deux petits frères (...) il y a eu des bruits bizarres derrière moi. Après, j'ai vu tomber... ils étaient deux petits, l'un est décédé dedans et on a fait sortir l'autre", témoigne-t-il.
"Je suis parti appeler les gens pour m'aider; on a fait sortir ma mère, ma grand-mère et mes soeurs. On était beaucoup... C'est Dieu qui nous a aidé".
Aboubacar Camara, un autre habitant, les traits très tirés, explique à l'AFP avoir réussi à sauver sa famille.
"Vers 2 ou 3 heures du matin, on a entendu un glissement, des cris au dehors, tout le monde criait...", relate-t-il.
Alors qu'il venait à peine de sortir de son logement avec son épouse, un second glissement est survenu, emportant plusieurs jeunes du quartier qui étaient partis au secours des victimes du premier éboulement, témoigne-t-il.
"Toutes les personnes qui sont partis là-bas pour secourir, ils sont tous restés dedans...", dit-il, encore traumatisé.
Le Premier ministre guinéen, Amadou Oury Bah, s'est rendu dimanche sur le site du drame et a assuré que les dispositions étaient prises "pour assurer la prise en charge médicale des blessés" et "l'assistance aux personnes affectées par ce drame".
Le gouvernement avait annoncé ces derniers jours des opérations d'expulsions et de sécurisation des emprises autour de la décharge, à cause des risques d'éboulement. La saison des pluies est particulièrement longue et intense dans ce pays pauvre.
De son côté, l'un des principaux opposants guinéens et ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, en exil à l'étranger, a évoqué "une tragédie qui nous plonge dans la consternation".
Selon M. Diallo, "la fermeture de la décharge était annoncée pour ce dimanche 23 août". "Il appartient désormais aux services compétents d'établir, en toute transparence, les circonstances qui ont conduit à cette catastrophe et d'en tirer toutes les conséquences", a-t-il martelé.
F.Dubois--AMWN