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Marseille : L'explosion de la consommation de crack dans les rues du centre-ville
Depuis plusieurs mois, la consommation de crack s'est intensifiée dans les rues du centre de Marseille, notamment aux abords de la gare Saint-Charles et du quartier des Réformés. Cette situation, aggravée par la précarité économique, provoque l'inquiétude grandissante des habitants qui dénoncent une détérioration rapide de la sécurité et de la qualité de vie.
Au pied de la gare Saint-Charles, une scène qui illustre l'ampleur du phénomène s'est déroulée en pleine matinée. Deux femmes d'une trentaine d'années, assises sur les marches d'une porte cochère, ont été observées par des touristes en train de chauffer des cristaux dans une cuillère métallique avant d'inhaler le produit à l'aide d'une pipe déjà noircie par l'usage. Cette image, autrefois exceptionnelle, est devenue banale dans certains quartiers du centre-ville de Marseille, où la consommation de crack a connu une progression rapide ces derniers mois.
Ce phénomène, identifié il y a deux ans avec l'arrivée de consommateurs parisiens déplacés en raison des Jeux olympiques, s'est propagé comme une traînée de poudre dans la cité phocéenne. La conjonction d'un marché saturé et d'une précarité extrême a conduit les réseaux de distribution à adapter leurs offres, proposant désormais des doses entre 5 et 10 euros. Sur le terrain, les associations en première ligne ont recensé une vingtaine de « zones d'intervention prioritaire » où les usagers se rassemblent, notamment autour de la gare, de la porte d'Aix ou encore du quartier des Réformés. Cependant, cette répartition géographique évolue quotidiennement sous l'effet des opérations policières qui dispersent régulièrement les consommateurs.
Dans le quartier de la place Alexandre-Labadié, située dans le 1er arrondissement, la vie quotidienne est profondément marquée par ces errances. Marie, résidente d'un immeuble donnant sur le square, décrit une situation insupportable : « On entend crier du matin au soir ». Elle note que l'espace public, autrefois fréquenté par les enfants et les personnes âgées, est désormais déserté. Sa voisine, Catherine, a quant à elle pris l'habitude d'éviter de sortir la nuit pour des raisons de sécurité.
Philippe, habitant du même immeuble depuis dix ans, qualifie le mois d'août dernier d'« atroce ». Il témoigne avoir vu des personnes droguées, étendues par terre, dans un état proche de la mort. « On a l’impression que ça va dériver vers une situation irrécupérable si on ne fait rien », exprime-t-il. La fermeture provisoire du centre d'accueil spécialisé « Sleep In » pour des travaux liés à l'insalubrité des lieux a exacerbé les tensions au début de l'été, créant un manque criant de places d'hébergement.
Damien, qui travaille dans une bagagerie sociale proposant des casiers et un accueil de jour pour les personnes sans domicile fixe, multiplie les anecdotes révélatrices de la normalisation de cette violence. « À 9 heures du matin, on m’a demandé du feu pour allumer une pipe à crack. Il faut s’habituer à ce genre d’interactions », reconnaît-il. Au bout de la rue, des scènes de consommation ouverte se produisent entre les voitures stationnées.
Benjamin, commerçant ayant ouvert son garage dans le quartier il y a deux ans, décrit une situation devenue un « enfer » depuis deux mois. Il observe que certains consommateurs s'installent même sur des motos devant sa boutique. Face à cette visibilité accrue, il déplore l'absence de présence policière durable : « Les policiers ne font que passer », grince-t-il alors qu'une voiture de police s'engage brièvement dans la rue.
Thibault Imhoff, président du Comité d’intérêt de quartier (CIQ) « Chapitre-Réformés » et habitant du secteur depuis trente-cinq ans, dénonce une « catastrophe sanitaire et sociale à tous les niveaux ». Il fait état de mails d'alerte quotidiens envoyés par des riverains tétanisés par l'extrême dangerosité de la situation. « C’est du Zola », lâche-t-il, épuisé par l'accumulation de scènes violentes. Il appelle à une reprise du dialogue avec les CIQ pour avancer, estimant que le problème n'est pas priorisé. Plusieurs pétitions circulent d'ailleurs sur les réseaux sociaux.
Face à cette urgence, un collectif nommé Tempo, lancé en février, tente d'élaborer une stratégie commune. Ce réseau réunit des associations historiques de la précarité à Marseille, l'AP-HM et d'autres partenaires pour répondre à ce qu'ils appellent une « crise du crack ». Marianne Poisson, coordinatrice du projet Tempo et salariée de Médecins du Monde, reconnaît que les habitants assistent à des scènes intolérables. Elle souligne que tant qu'il n'existera pas d'endroit sécurisé pour mettre à l'abri les consommateurs, ceux-ci resteront dans la rue, rendant la situation plus risquée pour tous.
O.Karlsson--AMWN