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Eau potable: pas de remède miracle, mais des leviers existent pour atténuer les effets des sécheresses
Camions-citernes et distributions de bouteilles d'eau minérale : le manque de pluie à partir du printemps et les canicules successives ont entraîné des situations de sécheresse extrême en France cet été. Pour limiter les effets sur l'eau potable de ces crises vouées à se répéter, pas de solution miracle, mais des leviers existent.
Passage au crible de ces réponses, avec la fédération des entreprises de l'eau (FP2E) et l'hydrologue indépendante Charlène Descollonges, alors que l'ensemble du territoire métropolitain était encore touché mercredi par des restrictions d'eau potable, dont 60 départements au niveau "crise", le plus grave, selon le site gouvernemental Vigieau.
Mieux contrôler les consommations
La sobriété des usages, "passe par la responsabilité de chacun", souligne Stanislas Pouradier-Duteil, président de la commission scientifique et technique de la FP2E. Parmi les leviers, le déploiement de compteurs d'eau individuels "télérelevés" permet de responsabiliser les usagers. En cas de consommation anormale et/ou de conditions extrêmes : "on met sous observation les consommations, et on peut envoyer des SMS ciblés", explique M. Pouradier-Duteil, selon qui "environ un tiers" des compteurs sont aujourd'hui télérelevés, une proportion en augmentation.
Lutter contre les fuites
Environ 20% de l'eau potable produite en France est perdue avant d'arriver au robinet, provoquant la perte chaque année de près d'un milliard de mètres cube d'eau.
Pour détecter les fuites, les entreprises de l'eau possèdent de nombreux outils, parmi lesquels des capteurs acoustiques pour repérer les vibrations ou l'intelligence artificielle.
Réduire ces chiffres, "ça coûte cher, mais c'est essentiel", commente Charlène Descollonges, qui appelle à ne pas se cantonner à réduire les fuites dans les réseaux d'eau potable, mais également dans les réseaux d'assainissement et d'irrigation agricoles.
Recharger les nappes phréatiques
L'opération consiste à pomper de l'eau dans un cours d'eau, lorsqu'elle est abondante ou à recourir à des eaux usées traitées, pour alimenter une nappe en prévision de l'été, notamment dans des régions où l'afflux de touristes fait grimper la consommation.
Réutiliser les eaux usées
La réutilisation d'eaux usées traitées, notamment pour l'irrigation agricole, est encore très peu développée en France : environ 1% des eaux usées sont ainsi réutilisées contre 15% en Espagne.
Cette technique, qui consiste à réutiliser des eaux traitées en station d'épuration, est privilégiée dans les zones proches du littoral où la diminution des rejets a moins d'incidences que sur des cours d'eau affectés par la sécheresse. Le potentiel est considérable, à en croire M. Pouradier-Duteil, qui évoque des centaines de millions de mètres cubes.
Le procédé peut "constituer une sorte d'assurance eau pour l'agriculture, l'industrie, le tourisme, etc.", estime Mme Descollonges, qui souligne cependant le coût de cette technique.
Développer les interconnexions
Cette démarche, courante, consiste à relier de manière réciproque des unités de distribution distinctes dans le but d'assurer la continuité de l'approvisionnement en eau potable. Elle permet, dans des zones plus rurales, aux collectivités qui ont une forte ressource "de pouvoir sécuriser quelqu'un qui aura moins de ressources", explique M. Pouradier-Duteil.
Le développement de nouvelles interconnexions "permet une certaine solidarité entre les territoires", pour Mme Descollonges, qui met en garde cependant contre le risque d'une "illusion" que l'eau "est abondante partout" et de "maladaptation".
Dessaler l'eau de mer
La potabilisation de l'eau de mer, par distillation ou par filtration sous haute pression à travers une membrane aux pores microscopiques, est courante dans des zones désertiques, notamment les pays du Golfe, mais également pratiquée en Espagne et au Royaume-Uni. Elle "peut répondre, demain, aux besoins de certains territoires confrontés au manque d’eau" en France, estime la FP2E.
Malgré les progrès techniques ses contempteurs soulignent son caractère énergivore et les problèmes posés par les rejets de saumure pour la biodiversité.
Restaurer les cours d'eau et ralentir le cycle de l'eau
En 2025, se sont achevés des travaux d'ampleur conduits par Voies navigables de France sur l'estuaire de la Loire, qui "ont permis de ralentir le cycle" du fleuve qui "coulait trop vite" et "s'enfonçait", faisant baisser le niveau des nappes voisines, rappelle M. Pouradier-Duteil.
A plus petite échelle, l'association Pour une hydrologie régénérative (PUHR), cofondée par Mme Descollonges, tente de s'attaquer à la dénaturation des cours d'eau par l'activité humaine.
En cause, les travaux d'assainissement et de drainage des marais, pour l'agriculture mais aussi l'aménagement des cours d'eau pour le transport fluvial ou l'extraction des graviers dans le lit des rivières pour les travaux publics.
Le but de cette régénération : "avoir des rivières capables d'absorber les excédents de pluie et de garder l'eau en temps de sécheresse".
L'association forme des agriculteurs pour aménager les parcelles, notamment en plantant des arbres et en créant des mares et des fossés d'infiltration.
Cette pratique, qui peut permettre d'éviter le recours à des solutions plus coûteuses, n'aura toutefois "pas beaucoup d'effets" sur les cours d'eau si elle est pratiquée de manière isolée, prévient Mme Descollonges, qui appelle à la "massifier".
O.M.Souza--AMWN