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La plus grande aciérie d'Italie condamnée à fermer ses hauts-fourneaux
Les hauts-fourneaux de l'ex-Ilva ne fumeront plus, et peut-être pour toujours: l'arrêt de la zone "à chaud" de l'aciérie géante de Tarente, dans le sud de l'Italie a été confirmé vendredi en appel, mettant en péril des milliers d'emplois.
En raison de niveaux de pollution jugés excessifs, le futur du dernier grand complexe sidérurgique d'Italie est toujours plus entre parenthèses.
Sa maison-mère est déjà sous administration publique depuis deux ans, dans l'attente d'un repreneur prêt à de lourds investissements pour moderniser la production.
Les hauts-fourneaux qui tournaient déjà au ralenti devront fermer avant le 28 octobre, selon l'arrêt de la cour d'appel de Milan, consulté par l'AFP.
Les juges exigent notamment le désamiantage et la dépollution des installations avant toute éventuelle reprise de l'activité.
Pour les juges, "le nécessaire équilibre entre les intérêts opposés ne peut que faire pencher en faveur des raisons de protection de la santé".
Sur demande d'un comité de parents de Tarente, la fermeture avait été déjà confirmée dans un premier appel en juillet à cause de la présence d'amiante et d'émissions de particules fines, supérieures aux limites prévues par la loi. Or, il s'agit des installations essentielles à la capacité de production de l'ex-Ilva, où travaille la majorité des salariés.
"Les enfants de Tarente ont gagné (...) Les prochaines générations, les enfants qui naîtront, pourront jouer dans les jardins publics", s'est félicitée une porte-parole du comité de parents sur Facebook. "Nous avons remporté quelque chose de normal, mais pour cette chose normale nous avons dû nous battre".
- Bombe sociale -
Acciaierie d'Italia, le nouveau nom de la maison-mère d'Ilva, avait fait appel de la décision, indiquant que cette fermeture risquait de condamner le site. Mais elle a été déboutée.
Selon le syndicat Fim-Cisl, quelque 10.000 salariés des différents sites d'Acciaierie d'Italia sont menacés par cette crise.
"Il faut éviter l’explosion de cette bombe sociale par des interventions ordinaires et extraordinaires", se sont alarmés vendredi les syndicats Fim, Fiom et Uilm dans un communiqué conjoint, demandant un blocage immédiat des licenciements. "Nous n’accepterons pas passivement un plan qui se résoudrait par des années de chômage technique et des licenciements déjà annoncés".
Les syndicats demandent depuis longtemps l'électrification des hauts-fourneaux en parallèle de la poursuite des activités traditionnelles.
Les sous-traitants de l'aciérie, qui ont annoncé 2.500 licenciements début septembre, avait dénoncé quant à eux "l'absence d'une planification raisonnable qui aurait permis de sécuriser nos entreprises, ainsi que le manque de mise en œuvre concrète du processus de construction des nouvelles installations destinées à la décarbonation".
Le ministre italien des Entreprises a lui aussi présenté l'aciérie comme "une bombe sociale", annonçant mardi soir le lancement d'un comité de suivi permanent sur l'ex-Ilva, et promettant de protéger les salariés.
Le gouvernement s'est dit prêt à entrer au capital de l'aciérie pour la soutenir. Il a déjà confirmé en juillet l'octroi d’un prêt de 100,5 millions d'euros à l'ex-Ilva pour "assurer sa continuité opérationnelle de l'entreprise dans le cadre de la procédure de vente en cours".
Parallèlement, le gouvernement de Giorgia Meloni cherche depuis des mois un repreneur pour l'aciérie qui demande des investissements importants. Outre un candidat indien et un investisseur américain, un groupe d'entrepreneurs italiens s'est récemment déclaré intéressé.
"Nous travaillons avec ce que nous avons et avec des décisions qui ne dépendent pas de nous", a déclaré Giorgia Meloni aux médias italiens. "C'est l'un des dossiers auxquels nous consacrons le plus de temps".
Le géant sidérurgique indien ArcelorMittal avait pris en location avec option d'achat l'aciérie Ilva en 2017 pour 1,8 milliard d'euros, s'engageant à investir 2,4 milliards d'euros et à préserver notamment les quelque 8.000 emplois du complexe de Tarente.
Mais face à l'endettement massif du groupe, le gouvernement italien a placé l'usine sous administration extraordinaire au début de l'année 2024 afin de sauvegarder l'emploi et de relancer la production.
P.Costa--AMWN