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Les Emirats ont utilisé l'IA pour cibler des experts de l'ONU sur le Soudan, selon Anthropic
La start-up américaine d'intelligence artificielle (IA) Anthropic a découvert une opération liée aux Emirats arabes unis ayant notamment ciblé des experts de l'ONU critiques du rôle présumé d'Abou Dhabi dans le conflit, selon un document publié jeudi soir.
Dans un rapport expliquant comme elle a stoppé les opérations illégales en provenance de plusieurs pays, Anthropic parle d'une large opération, qu'elle attribue "avec un degré de certitude élevé" au gouvernement émirati.
Visant principalement les Frères musulmans, cette campagne s'est servie des agents de l'assistant IA d'Anthropic, Claude, pour générer différents documents, du contenu publié sur les réseaux sociaux ou encore des témoignages sur le Soudan.
Déclenchée en 2023, la guerre entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a fait plus de 200.000 morts, selon les travailleurs humanitaires, et déplacé plus de 12 millions de Soudanais, dans ce qui constitue, selon l'ONU, la plus grave crise humanitaire au monde.
Les Emirats arabes unis, qui démentent catégoriquement, ont été accusés à maintes reprises de soutenir les FSR et d'alimenter le conflit.
Selon Anthropic, l'opération s'articulait autour d'une personnalité virtuelle prénommée "Deadshot" appelant à "une opération régionale et transatlantique coordonnée pour démanteler les Frères musulmans dans le monde entier".
Fondé en 1928 en Egypte, ce mouvement pan-islamiste sunnite a été soupçonné de liens avec l'armée soudanaise, ce que cette dernière nie.
Une autre initiative a consisté à s'approprier l'identité d'une ONG soudanaise et à rédiger les témoignages de deux individus afin que "des éléments favorables aux intérêts de l'un des deux camps du conflit parviennent à l'ONU comme s'ils émanaient de témoins locaux indépendants, plutôt que d'acteurs étatiques", poursuit Anthropic.
Le groupe américain pointe également la constitution de dossiers visant à fragiliser des rapporteurs de l'ONU qui avaient critiqué le rôle d'Abou Dhabi au Soudan.
Sollicités par l'AFP, les Emirats n'avaient pas réagi dans l'immédiat.
L'opération a exploité environ 300 faux comptes sur les réseaux sociaux, selon Anthropic, qui n'a toutefois pas pu déterminer si les témoignages ou les dossiers avaient atteint leur cible ou influé sur des décisions politiques.
La start-up a annoncé jeudi avoir stoppé plusieurs opérations de surveillance menées contre des dissidents et des minorités ethniques, notamment en Chine, Iran et Afrique de l'Ouest, mais également des tentatives pour concevoir des armes, comme au Yémen, on encore des escroqueries à grande échelle.
"Il est grand temps que ces fournisseurs mettent de l'ordre dans leurs affaires et veillent à garder leurs modèles avancés sous contrôle", a déclaré vendredi à la presse le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier.
J.Oliveira--AMWN