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Crimes de guerre : l'ancien président du Kosovo Hashim Thaçi fixé sur son sort
Un panel de juges internationaux rendra mercredi à La Haye un verdict très attendu à l'encontre de l'ex-président du Kosovo, Hashim Thaçi, et de trois autres responsables de haut rang de la guérilla kosovare des années 1990, inculpés de crimes de guerre.
Plus de trois ans après le début de ce procès de première instance, les Chambres spécialisées sur le Kosovo diront si l'ancien chef politique de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) et les trois autres accusés sont coupables de crimes commis par cette guérilla pendant la guerre contre les forces serbes et immédiatement après ce conflit, "entre mars 1998 et septembre 1999".
La procureur Kimberly West a requis 45 ans de prison contre chacun des quatre hommes, inculpés de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. Ils ont chacun plaidé non coupable.
Outre l'ancien chef de l'Etat, ont été jugés dans ce procès Kadri Veseli, le patron du renseignement de l'UCK et un des plus proches alliés de M. Thaçi, Jakup Krasniqi, le porte-parole de la guérilla, et Rexhep Selimi, le chef de ses opérations.
L'accusation a affirmé qu'ils s'étaient engagés dans une "entreprise criminelle", évoquant assassinats, tortures, persécutions et détentions illégales de personnes dans des camps au Kosovo et dans le nord de l'Albanie.
- "Des centaines de civils" -
Ces crimes ont été commis par des membres de l'UCK à l'encontre de centaines de civils, des Serbes, des Roms et des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques, selon l'acte d'inculpation.
Les avocats des accusés ont soutenu que l'UCK ne disposait pas d'une chaîne de commandement suffisamment structurée pour permettre à ses dirigeants d'exercer un contrôle effectif sur l'ensemble des combattants.
"Je m'attends à être acquitté de tous les chefs d'accusation", a déclaré fin août Hashim Thaçi, 58 ans, dans un médias kosovar, de sa cellule à la Haye, aux Pays-Bas.
Président du Kosovo au moment de son inculpation en novembre 2020, il avait démissionné et s'était rendu à la Haye, où il avait été placé en détention.
"Il n'y a qu'une seule vérité. Je suis entièrement innocent", avait-il affirmé en février, à la dernière audience dans ce procès, commencé en avril 2023.
Environ 13.000 personnes ont été tuées dans le conflit au Kosovo, dont 11.000 Albanais kosovars, pour la plupart des civils. Cette guerre a pris fin avec une campagne de bombardements de l'Otan qui a contraint les forces serbes à se retirer de ce territoire.
Pour la plupart des habitants du Kosovo d'origine albanaise, Hashim Thaçi et l'UCK sont les symboles de la lutte pour l'indépendance de la Serbie.
Après la guerre, l'ex-chef de l'Etat est resté une figure politique centrale et a joué un rôle déterminant dans la proclamation de l'indépendance en 2008 par cette ancienne province serbe, que Belgrade refuse toujours de reconnaître.
Hashim Thaçi a été le premier chef du gouvernement du Kosovo après la rupture unilatérale du lien institutionnel qui unissait ce territoire à la Serbie (2008-2014), puis son président (2016-2020).
- "Le Kosovo attend" -
Samedi, quatre jours avant la lecture du verdict, plusieurs dizaines de milliers de personnes s'étaient rassemblées à Pristina pour exiger la remise en liberté des quatre hommes.
"La libération du Kosovo a été acquise au prix de sacrifices. Aucun tribunal ne pourra effacer cette vérité", a lancé aux manifestants Hysni Gucati, le chef de l'association des anciens combattants kosovars.
Les partisans des anciens guérilleros s'attendent à leur élargissement, malgré les graves accusations pesant sur eux, et les préparatifs sont déjà en cours pour leur retour dans leur pays.
Sur la place centrale de Pristina, leurs soutiens ont installé un compte à rebours jusqu'à l'heure du verdict, accompagné du message "le Kosovo attend". Les mêmes panneaux a été installés dans d'autres villes et des gens y sont attendus pour suivre en direct la lecture du verdict, à partir de 08H00 GMT.
"Nous attendons pour mercredi la liberté pour les libérateurs. Ce procès était purement politique (et dirigé) contre l'UCK", a dit samedi à l'AFP Limon Dervishaj, 40 ans, arrivé de Suisse pour participer au rassemblement.
"S'ils ne sont pas libérés, il y aura des troubles partout où vivent les Albanais mais aussi dans la diaspora", a-t-il ajouté, relayant des menaces qui ont circulé ces derniers jours.
Les Chambres spécialisées sur le Kosovo sont une juridiction mise en place par le Parlement kosovar avec la mission de juger des anciens membres de la guérilla. Elles font partie du système judiciaire kosovar mais sont composées d'un personnel international.
Ce tribunal a été délocalisé à la Haye pour réduire les pressions sur les témoins. D'ailleurs, Hashim Thaçi est jugé dans un autre procès, devant la même institution, pour obstruction à la justice. Il est accusé par le parquet, qui a requis une peine de six ans de prison, d'avoir essayé d'influencer des témoins.
L.Durand--AMWN