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Othman Garrido, l'itinéraire presque trop parfait d'un ex-jihadiste "en reconstruction"
En prison, il a lu "Madame Bovary", découvert "le monde libre" et interrogé son rapport à Dieu. L'ex-jihadiste français Othman Garrido, soupçonné d'avoir été un bourreau du groupe Etat islamique, a affiché vendredi un parcours de déradicalisation modèle, sans toutefois lever tous les doutes sur sa sincérité.
Qui est véritablement Othman Garrido ? Le jeune garçon autrefois replet et décrit comme limité intellectuellement, qui a séjourné de 2012 à 2020 en Syrie sous le règne de terreur de l'EI, est aujourd'hui un trentenaire à la carrure athlétique et au discours structuré.
Au cinquième jour de son procès pour meurtres et assassinat en relation avec une entreprise terroriste, le Montpelliérain extradé par la Turquie en 2020 vers la France a livré "sa" vérité à la cour d'assises de Paris.
Corps projeté vers l'avant, mains sagement croisées qui se mettent en mouvement lorsqu'il veut convaincre, léger accent du Sud, Garrido apparaît sincère lorsqu'il parle de lui, de son désir d'apprendre, de sa famille. Mais lorsqu'il évoque sa distanciation de l'idéologie jihadiste, il semble parfois réciter une sorte de leçon.
A la présidente de la cour lui citant des évaluations de l'administration pénitentiaire selon lesquelles "il semble savoir ce qu'on attend de lui" et se montre "capable de s'adapter à son interlocuteur", Garrido l'admet mais réfute toute dissimulation.
"Je me suis dit: soit tu es +terroriste un jour, terroriste toujours+, soit tu prends ton courage et tu réapprends tout du début. Oui, j'ai eu des phases. C'est des montagnes à gravir", répond-il un peu plus tard à l'avocat général qui émet des doutes sur la sincérité de son parcours.
- "Très fier" -
Garrido dit avoir découvert "le monde libre" en prison.
Celui qui n'avait été scolarisé que quelques années jusqu'à ses 12 ans y a passé l'équivalent du bac et entamé des études universitaires, ce dont il se dit "très fier".
"Les études sont un moteur pour moi", répète-t-il, avant d'expliquer avoir dû les interrompre à l'issue de sa première année en administration économique et sociale. "C'était au moment de la chute de Bachar" al-Assad, l'ex dictateur syrien renversé en décembre 2024 par une coalition de groupes rebelles menée par un ancien jihadiste, Ahmad al-Chareh, devenu président.
"J'ai été replongé dans la nostalgie de mes premiers mois en Syrie. J'étais triste car je n'ai pas partagé avec les Syriens cette joie de faire tomber Assad", dit Garrido, parti très tôt sur zone, dès 2012.
Il affirme avoir d'abord vécu avec des "civils et des miliciens syriens" qui combattaient les forces d'Assad. "Il n'y avait pas trop de religion à ce moment là. Ensuite, ça a basculé", dit celui qui a rejoint les rangs de Jabhat al-Nosra (branche syrienne d'Al-Qaïda), puis de l'EI.
- "Tiraillements" -
Interrogé sur la religion, l'accusé, qui a grandi dans une famille ultra radicalisée où rater une prière était considéré comme "un crime", raconte s'être engagé dans un parcours pour "redécouvrir l'islam", même si "c'est difficile de tout réapprendre après un certain âge".
"Ma relation avec Dieu? Elle a changé et elle continue à changer, c'est un long parcours. C'est beaucoup de tiraillements, c'est vertigineux", dit-il, avant de donner une définition embrouillée du concept de jihad.
L'homme qui exhortait dans une vidéo en 2014 les musulmans de France à commettre des attaques contre les mécréants et qui brûlait son passeport français affirme aujourd'hui "n'avoir plus cette haine et cette détestation de la France".
Resté plusieurs années à l'isolement, ayant passé trois ans en quartier de prévention de la radicalisation, il est placé en détention ordinaire depuis mai 2026.
Il n'a reçu aucune visite de sa famille élargie depuis son incarcération en France en 2020.
Sa mère et ses deux sœurs, qui étaient également parties en Syrie avec toute la famille, sont recherchées. Il ignore où sont son épouse et ses enfants.
Mercredi, sa tante maternelle qui témoignait en visioconférence s'était tout à coup figée en apercevant l'accusé. "C'est Othman que je vois ?", avait-elle lancé, bouleversée.
Avant de l'exhorter: "Mon grand, je ne t'ai pas vu faire des crimes avec mes propres yeux, mais s'il te plaît, si tu y es pour quelque chose, essaye de réparer ce que tu as fait".
P.Santos--AMWN