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Une Italie sous le choc des féminicides rend un dernier hommage à Giulia Cecchetin
Des milliers d'Italiens ont rendu mardi un dernier hommage émouvant à Giulia Cecchettin, une étudiante tuée par son ex-petit ami et dont le sort tragique a relancé le débat en Italie sur les violences contre les femmes.
Camarades d'universités, représentants du monde politique et Italiens ordinaires se sont pressés aux funérailles de la jeune femme de 22 ans à la basilique Sainte-Justine de Padoue, près de Venise (nord-est), pour manifester leur solidarité aux proches de l'une des plus récentes et choquantes victimes de féminicide dans la péninsule.
Giulia Cecchetin, étudiante en ingénierie biomédicale, a été poignardée le mois dernier à de multiples reprises par son ex-fiancé Filippo Turetta, qui selon son avocat a reconnu sa culpabilité devant un juge.
La cérémonie, retransmise en direct sur les chaînes d'information, a débuté avec l'arrivée sous les applaudissements du cercueil blanc recouvert de roses devant la basilique, où figuraient de nombreux jeunes portant le ruban rouge symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes.
Lors d'un discours digne et poignant, le père de Giulia, Gino Cecchettin, a appelé à "transformer la tragédie en un moteur de changement". "La vie de Giulia a été cruellement fauchée, mais sa mort peut et doit être un tournant pour mettre fin au terrible fléau de la violence contre les femmes", a-t-il affirmé.
Le président de la région Vénétie Luca Zaia, présent à la cérémonie au côté du ministre de la Justice Carlo Nordio, avait déclaré un jour de deuil.
- "Nous n'en pouvons plus" -
Le meurtre de Giulia a fait la Une des journaux pendant des jours, engendrant un débat national sur les raisons de la persistance de violences faites aux femmes dans le pays.
Filippo Turetta a enlevé Giulia le 11 novembre après une dispute, s'enfuyant à bord de sa voiture et déclenchant une chasse à l'homme qui a duré plusieurs jours.
Il a finalement été retrouvé à bord de sa voiture près de Leipzig en Allemagne le mois dernier, au lendemain de la découverte du corps dans un ravin près du lac de Barcis, à 120 km au nord de Venise. Giulia a été poignardée une vingtaine de fois à la tête, au cou et sur le corps, selon le rapport d'autopsie.
"Chacune de nous aurait pu être à la place de Giulia: moi, ma soeur, une amie", a confié à l'AFPTV Angela Russo, une étudiante de 29 ans présente à la cérémonie. "Nous n'en pouvons plus, ce n'est pas possible de mourir encore comme ça".
Dans la foulée de ce meurtre, des centaines de milliers de personnes ont manifesté à l'appel d'associations de défense de droits des femmes et de partis de gauche le 25 novembre, notamment à Rome et Milan, à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination des violences contre les femmes, réclamant un changement culturel.
- Violence jugée "acceptable" -
Selon le ministère de l'Intérieur, au 26 novembre, l'Italie avait enregistré depuis janvier 107 meurtres de femmes, dont 88 tuées par des membres de leur famille ou leur ex ou actuel compagnon.
Après la mort de Giulia, le parlement a adopté une loi pour renforcer la législation contre les violences fondées sur le genre, notamment à travers un renforcement des mesures de prévention et une formation accrue des professionnels amenés à gérer ce genre de situation.
Ce phénomène inquiétant persiste en Italie, pays en grande majorité catholique où les stéréotypes de genre sont très ancrés.
Selon un rapport gouvernemental de juillet 2021, "dans certaines régions, jusqu'à 50% des hommes estiment que la violence est acceptable dans le cadre de relations".
Un rapport indépendant du Conseil de l'Europe sur les violences contre les femmes publié en 2020 avait recommandé l'adoption de "mesures proactives et sur la durée pour promouvoir des changements dans les conduites sociales et culturelles assimilables au sexisme, notamment chez les hommes et les adolescents, qui sont fondées sur l'idée que les femmes sont inférieures".
Ce rapport appelait aussi l'Italie à adopter des directives nationales pour que les écoles dispensent des cours sur "l'affectivité, la sexualité et la santé reproductive". Actuellement, l'éducation sexuelle n'y est pas obligatoire.
Y.Kobayashi--AMWN