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Julien Clerc chante les tranches d'"Une vie", dont la perte tragique de son frère
Dans "Une vie", son 28e album disponible vendredi, Julien Clerc chante les méandres de l'existence, de l'amour à la perte accidentelle de son frère, le journaliste Gérard Leclerc, auquel il dédie "une musique pas triste".
Le premier extrait de cet opus, "Les Parvis", inspiré de l'hommage rendu par le compagnon d'une enseignante tuée par un élève en 2023, avait donné le ton: des chansons à texte et une voix au vibrato reconnaissable entre mille.
Plus de cinquante ans après ses débuts, l'interprète de "Ma préférence", âgé de 77 ans, assure que sa longévité est en grande partie liée aux paroliers qui l'ont accompagné.
QUESTION: Pour cet album réalisé par Benjamin Biolay, vous collaborez notamment avec Serge Lama, Didier Barbelivien, Gaëtan Roussel et Carla Bruni. Pourquoi eux ?
REPONSE: Je suis compositeur donc toute ma vie j'ai cherché des auteurs et j'en ai trouvés. Je dois dire qu'Étienne Roda-Gil et Maurice Vallet, dans les premières années, avaient mis la barre assez haut. Je crois que d'avoir travaillé avec tous ces auteurs différents, ça m'a permis de durer, de me renouveler musicalement.
Q: Vous avez demandé au parolier Paul Ecole une chanson pour évoquer votre frère Gérard, décédé dans un accident d'avion en 2023. Ainsi est née "Saint-Nazaire"...
R: Je voulais qu'il y ait une chanson sur lui dans l'album et si possible que le texte me permette de faire une musique pas triste. J'étais très heureux de ce qu'il avait trouvé, cette idée de deux frères qui cherchent à s'envoler, l'un sur son piano et l'autre dans son avion. Il y a eu très peu de chansons que j'ai réclamées dans ma vie.
Q: Lesquelles ?
R: Quand on demande à une femme de revenir, "Souffrir par toi n'est pas souffrir" (pour France Gall, NDLR). Il y a eu la chanson sur la peine de mort ("L'assassin assassiné") (...) et une chanson sur le divorce ("Double enfance") que j'ai réclamée à Maxime Le Forestier, parce que lui avait vécu ça comme moi et qu'il n'y en avait jamais eu d'écrite, sur le divorce vu à travers les yeux de l'enfant.
Q: Comment conserver sa voix au fil du temps ?
R: La répétition des tournées, les efforts... Il y a eu une période de ma vie où j'avais du mal à terminer mes semaines de concert. Ça a été une lampe rouge qui s'est mise à clignoter, je me faisais faire des piqûres, etc. J'ai senti que ça m'échappait. Là, j'ai commencé à travailler (avec Madame Charlot puis le coach Jeremy Reynolds, NDLR).
Q: Qu'en avez-vous tiré ?
R: Ces cours de chant, c'est du travail d'un muscle, comme un sportif, et c'est un yoga, une réflexion sur moi-même. Même quand je ne suis pas en tournée, je travaille ma voix, ça va me permettre d'arriver au moment des concerts comme si je n'avais pas arrêté.
Q: Justement, votre prochaine tournée vous conduira jusqu'au 9 octobre 2027 à l'Accor Arena, un concert symbolique...
R: A cinq jours près, je pourrai fêter mes 80 ans dans cette salle où j'ai été le premier Français à chanter et où je ne suis surtout jamais retourné depuis.
Q: L'industrie musicale a évolué entre-temps...
R: C'est vrai qu'on vend moins de disques, qu'on a moins de droits d'auteur. Dieu merci, j'ai jamais trop pensé à... comment vous expliquer ? Au commerce.
Q: A quoi, alors ?
R: Ecrire les chansons et puis les chanter pour les gens. Parce que les artistes que j'admirais avaient des longues carrières. Alors je me suis dit, c'est ça notre métier, faire des textes importants avec des musiques joyeuses. Et puis j'étais une génération où on était programmé pour faire de la scène. On était sur la route tout le temps.
Q: Pour durer, il faut aussi rester en forme. Quel est votre secret ?
R: Je nage trois fois par semaine. J'essaie de faire attention à moi. Mais il ne faut pas trop expliquer comment tout ça se passe derrière le rideau. C'est la noblesse de notre métier. Que ça paraisse facile comme ça, même si ça ne l'est pas toujours. Il faut garder un peu de magie.
F.Dubois--AMWN