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Pesticides: deux études alertent sur leur impact "sur l'ensemble du vivant"
Santé dégradée pour les perdrix, davantage de parasites sanguins pour les passereaux: deux études récentes "interrogent sur l'impact de l'usage des pesticides sur l'ensemble du vivant", selon les chercheurs d'un immense laboratoire à ciel ouvert des Deux-Sèvres.
Dans cette vaste plaine de 450 km2 au sud de Niort, qui comprend 24 communes et 435 exploitations agricoles, dont 18% en agriculture biologique, l'équipe Résilience du Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC) compare les avantages et inconvénients des modèles agricoles avec ou sans intrants chimiques.
"Nous travaillons avec et pour les agriculteurs", explique Jérôme Moreau, enseignant-chercheur à La Rochelle Université et membre de cette équipe sous contrat entre le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) et l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), présente cette semaine au Salon de l'agriculture à Paris.
"Nous venons au Salon pour démontrer que des solutions existent et fonctionnent pour pouvoir réduire l'utilisation des pesticides", ajoute-t-il.
Alors que la proposition de loi dite "Duplomb 2" fait actuellement débat, en particulier parce qu'elle prévoit la réintroduction de l'acétamipride, un néonicotinoïde controversé, le CEBC estime que ces deux études consacrées aux effets sublétaux des pesticides sur des oiseaux viennent appuyer la "nécessité de développer l'agriculture biologique".
- "L'environnement est très impactant" -
La première, publiée en janvier, concerne une espèce emblématique des plaines agricoles en fort déclin. Durant cinq mois, 35 perdrix grises ont été nourries en conditions semi-naturelles dans un élevage avec des céréales conventionnelles contenant des pesticides identifiés.
Des prises de sang ont ensuite révélé des molécules non identifiées dans leur alimentation. "Cela prouve que la nourriture n'est pas la seule source de contamination, l'environnement est très impactant", explique Karine Monceau, enseignante-chercheuse de l'équipe Résilience.
En cas de combinaison de plusieurs molécules, les effets sont même préoccupants: diminution de l'activité physique, réduction de la tache rouge près de l'œil (un signal sexuel majeur), baisse de la réactivité face au danger, etc.
"L'état de santé des perdrix les plus contaminées par un mélange de pesticides s'est dégradé petit à petit. C'est la première étude qui le démontre en conditions réelles d'exposition", ajoute-t-elle.
La seconde étude, révélée cet automne, s'intéresse à la charge parasitaire des passereaux: ces différentes espèces d'oiseaux des champs, dont 60% ont disparu depuis 40 ans, restent généralement à proximité immédiate des haies en période de reproduction. Elle a été menée trois printemps d'affilée sur plus de 1.000 volatiles dans la zone atelier du CEBC.
- "Réintroduire de la biodiversité" -
Selon le système de production environnant, les conclusions sont radicalement différentes. Dans une zone d'agriculture conventionnelle, les oiseaux présentent moins de parasites externes (tiques, poux...) mais davantage de parasites sanguins, ce qui pourrait "être une cause de leur déclin".
Quand l'agriculture biologique domine, le schéma s'inverse: les passereaux ont moins de parasites sanguins en raison "d'un système immunitaire moins fragilisé" mais plus de parasites externes.
"Ces résultats interrogent sur l'impact de l'usage des pesticides sur l'ensemble du vivant. Or, la santé animale, environnementale et humaine sont liées", relève Jérôme Moreau qui en appelle à une "volonté politique" pour "changer de mode de production agricole".
Au Salon, l'équipe Résilience présente un programme interdisciplinaire montrant comment la biodiversité et les écosystèmes peuvent être "support de solutions" pour améliorer la santé des humains et préserver leur lieu de vie.
"Il y a de nombreux leviers, à commencer par les solutions fondées sur la nature qui consistent souvent à réintroduire de la biodiversité dans les pratiques. Mais le lobby des pesticides est très puissant et les agriculteurs sont, dans une certaine mesure, prisonniers de ce système", dénonce le chercheur.
Une autre étude du CEBC sur la réduction d'intrants dans 58 parcelles céréalières, publiée en 2025, fait ressortir une baisse de rendement d'environ 5%. "Mais les économies réalisées sur les dépenses compensent les pertes économiques, voire les dépassent largement, avec une augmentation de la marge de 292 euros par hectare en moyenne pour 55% des agriculteurs en agriculture conventionnelle", relèvent ses auteurs.
H.E.Young--AMWN