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Les Suisses votent pour allonger d'un an le travail des femmes
Les Suisses ont voté de justesse en faveur de l'allongement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, un scrutin marqué par un profond clivage entre la partie germanophone du pays alpin, favorable à la réforme, et les autres cantons.
Le oui l'a emporté de justesse avec seulement 50,6% des voix, selon les résultats définitifs publiés dimanche.
En revanche, une initiative populaire scrutée de près à l'étranger, qui tentait de faire interdire l'élevage intensif, a été largement rejetée, avec 63% des votes contre.
Après deux tentatives avortées en 2004 et 2017, Berne a donc recueilli suffisamment de voix pour appliquer son plan destiné à "stabiliser" le système suisse d'assurance vieillesse, soumis à une énorme pression alors que l'espérance de vie augmente et que la génération des baby-boomers atteint l'âge de quitter la vie active.
La partie la plus controversée de la réforme exige que, comme les hommes, les femmes travaillent jusqu'à 65 ans, avant de pouvoir prétendre à une pension à taux plein. Un an de plus qu'à présent.
Le Parlement a approuvé l'année dernière les mesures clés de la réforme des retraites, qui comprennent également une hausse de la TVA (adoptée à 55% dimanche).
Pour les femmes du Parti socialiste le oui "n'est pas seulement un grand pas en arrière en matière d'égalité, c'est une gifle pour toutes les femmes". Elles ont annoncé une manifestation à Berne lundi pour dénoncer le résultat.
- Retraites inférieures de 35% -
Les opposants à la réforme avaient souligné la discrimination salariale qui continue de frapper les femmes et estiment qu'il est injuste d'augmenter l'âge de la retraite pour elles sans d'abord résoudre ces inégalités.
Les partisans du oui ont souligné que demander aux femmes de travailler un an de plus n'est pas déraisonnable au regard des données économiques et démographiques.
En 2020, les femmes en Suisse ont reçu en moyenne des pensions inférieures de près de 35% à celles de leurs homologues masculins, selon le ministère suisse de l'Economie.
"Diviser le pays sur un sujet pareil n'est pas une bonne politique. Cela laissera des traces", a dit dimanche le président de l'Union syndicale suisse (USS), Pierre-Yves Maillard, soulignant le fossé avec les cantons germanophones, mais craignant aussi une hausse de la tension entre les hommes et les femmes, ainsi qu'entre les classes sociales.
Pour la vice-présidente de l'UDC Suisse (droite radicale), Céline Amaudruz, ce oui est "une première étape pour assurer la pérennité" de l'assurance retraite. "Pour nous, l'égalité n'est pas un menu à la carte".
La proposition d'interdire l'élevage intensif, qui aurait pour l'essentiel éradiqué les fermes industrielles dans un pays qui est encore très rural même si l'agriculture pèse relativement peu dans la richesse nationale, a été rejetée par un vote sans appel.
Les Suisses ont estimé que le bien-être des animaux de rente était déjà respecté dans le pays alpin.
Le gouvernement, le parlement et les organisations représentatives des éleveurs étaient fermement opposés à l'initiative.
Selon les lois en vigueur, les fermes ne peuvent pas garder plus de 1.500 porcs à engraisser, 27.000 poulets de chair ou 300 veaux, ce qui exclut les gigantesques fermes industrielles que l'on trouve dans d'autres pays.
Berne avait aussi averti que ces nouvelles règles entraîneraient une hausse significative des prix, tandis que la clause d'importation pourrait avoir un impact sur les relations avec les partenaires commerciaux.
Malgré le refus massif, c'est néanmoins une victoire pour Vera Weber, la présidente de la Fondation Franz Weber de protection de la nature et des animaux. Elle salue le fait que le texte ait permis à la Suisse de discuter de la problématique de l'élevage intensif et de la consommation de viande.
Y.Kobayashi--AMWN