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Quand la parfumerie s'inspire de la recherche spatiale pour sauver les roses sur terre
Dans un hangar d'une zone industrielle d'Ivry-sur-Seine, dans la banlieue de Paris, l'objet ressemble à un vaisseau spatial sorti d'un film de science-fiction: c'est une serre inspirée de recherches spatiales menées par une start-up franco-américaine, Interstellar Lab, et qui recrée différents climats.
Objectif: préparer au dérèglement climatique les plantes aromatiques indispensables à la parfumerie.
L'initiative d'Interstellar Lab a séduit un des leaders du marché des arômes et parfums, le français Robertet.
Onze mètres de long, 5 de large, 6 de haut, le BioPod en forme d'oeuf est éclairé par des leds qui donnent à ses 100 m2 d'espace intérieur une lumière violette. Il permet de tester la résistance de plantes et d'en cultiver.
Dans ce cocon, inspiré d'un système développé pour la NASA, Interstellar Lab reproduit en circuit semi-fermé des climats à la demande. "C'est une serre sous stéroïdes", s'amuse Barbara Belvisi, PDG de la start-up et à l'origine de cette idée.
"Deux ordinateurs reliés à des capteurs gèrent les températures, l'humidité, la lumière, le niveau d'oxygène", explique-t-elle à l'AFP.
Dans une coque surplombée d'un dôme transparent, le BioPod accueille un réservoir de 500 litres d'eau d'une autonomie de trois à six mois, en fonction des climats souhaités. L'appareil joue également sur les doses de CO2 nécessaires aux plantes pour pousser.
Dans quelques mois, un BioPod s'installera à Grasse, dans le sud-est de la France.
Robertet, qui conçoit des parfums et arômes naturels pour les plus grandes marques comme Chanel, Dior, Hermès ou de grands groupes de produits laitiers et d'eaux (qui ne souhaitent pas être cités), a investi un million d'euros sur cinq ans pour l'acquisition d'une telle serre et son système de gestion.
"Cela va nous permettre d'accélérer le temps de recherche par quatre ou cinq", se félicite auprès de l'AFP Julien Maubert, directeur de la division Matières premières de Robertet.
Pour le directeur général du groupe Jérôme Bruhat, "le dérèglement climatique est une nouvelle donne" et "en tant qu'industriel, la question est de savoir comment on gère le risque" de perdre sa matière première.
- Enjeu climatique et rendement -
"Est-ce que dans dix ans, dans vingt ans, dans trente ans, ce sera toujours viable ?", s'interroge Julien Maubert. L'enjeu est crucial pour l'entreprise familiale fondée en 1850. "Il faut trouver les bonnes espèces ou préparer les espèces à avoir moins d'eau et plus de chaleur", assure-t-il.
"Il faut que dans 50 ans il y ait encore de la rose" et avec moins de produits chimiques, selon lui.
Ainsi, pour faire face aux aléas climatiques, le groupe diversifie ses sources d'approvisionnement et ses fournisseurs dans le monde entier: le jasmin vient de Turquie et d'Egypte, le vétiver d'Haïti, la rose de Bulgarie, de Turquie mais aussi de Grasse, capitale du parfum.
Et mise sur le BioPod: c'est "un outil qui va nous permettre d'étudier la résistance de la plante au manque d'eau, à la chaleur", assure Julien Maubert, l'idée c'est "d'avoir des espèces plus résistantes aux enjeux climatiques mais aussi des espèces avec un meilleur rendement". Il faut actuellement 3 tonnes de roses pour faire un litre d'huile essentielle.
Les parfums naturels, spécialité de Robertet, représentent moins de 10% du marché du parfum, selon M. Bruhat. Le groupe en a fait son expertise depuis plus de 150 ans, avec à la clé un chiffre d'affaires parfums et arômes de 376 millions d'euros au premier semestre 2023.
L'entreprise suscite l'intérêt: deux géants suisses du secteur, Givaudan et Firmenich, ont fait irruption au capital et la famille Maubert a dû resserrer les rangs.
Robertet est le premier client à acheter un BioPod à Interstellar Lab. La start-up qui compte aujourd'hui 33 salariés est soutenue par France 2030, le plan d'investissement de l'Etat, qui finance à hauteur de 60% la future usine de BioPod attenante au hangar d'Ivry-sur-Seine.
Interstellar Lab a également levé 7 millions d'euros auprès de privés, de fonds et de BpiFrance, la banque publique d'investissement française.
"L'objectif est d'arriver à vendre 500 BioPod et de viser l'introduction en Bourse dans cinq ans", avance avec assurance la PDG Barbara Belvisi.
M.Fischer--AMWN