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En France, les autorités inquiètes de l'influence de la nébuleuse MAGA
Avec le retour au pouvoir de Donald Trump, la droite radicale américaine s'est engagée dans une offensive idéologique hors de ses frontières, notamment en France où les autorités surveillent de près les manoeuvres d'influence de cette nébuleuse, à l'approche d'importantes d'échéances électorales.
Viginum, le service gouvernemental chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, n'a à ce jour documenté aucune action coordonnée émanant de la sphère trumpiste MAGA - acronyme du slogan du président américain "Make America Great Again". Mais il existe une vraie préoccupation", confie une source sécuritaire à l'AFP.
Dans la sphère MAGA, mouvance traversée par d'importantes divergences d'opinions, certains entendent pousser en Europe l'"idéologie nationaliste ultra-conservatrice", souligne Célia Belin, du centre de réflexion ECFR (European Council on Foreign Relations).
L'administration américaine elle-même ne se prive pas de s'immiscer dans les affaires du Vieux continent.
En juin, Donald Trump affirmait que l'Europe devait agir contre "l'immigration hors de contrôle".
Quelques mois plus tôt, en février, son vice-président, JD Vance, avait déjà attaqué avec virulence les pays européens dans un discours retentissant à Munich, avant d'échanger avec Alice Weidel, la dirigeante du parti d'extrême droite allemand AfD, à une semaine d'élections législatives.
- "Laboratoire" -
Les contacts des dirigeants américains avec "l'extrême droite internationale" sont beaucoup plus assumés que lors du premier mandat Trump (2017-2021), explique Nina Jankowicz, cofondatrice d'une organisation de lutte contre la désinformation après un court passage dans l'administration Biden en 2022: "Aujourd'hui, c'est une politique officielle".
Comme l'Allemagne, la France, qui tient des élections municipales au printemps 2026 puis présidentielle en 2027, fait partie des cibles.
Pour Nathalie Loiseau, eurodéputée Renew (centre), "les éléments de langage de l'extrême droite européenne sont très souvent des copiés-collés de ce que l'on peut entendre du côté des MAGA".
Dernier exemple notable en date: l'offensive coordonnée de partis d'extrême droite au Parlement européen pour exiger une minute de silence pour l'Américain Charlie Kirk, l'influenceur MAGA assassiné en septembre 2025, et en proposant son nom pour le prix Sakharov pour la liberté d'expression.
Une initiative portée par le groupe de l'eurodéputée française du parti Reconquête, Sarah Knafo. "Nous sommes confrontés à des enjeux très similaires" à ceux des Américains, assume-t-elle, en expliquant à l'AFP entretenir des contacts avec plusieurs acteurs de la sphère MAGA: "Ils sont pour nous un laboratoire de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas".
- Reconquête en phase, RN plus ambigu -
Reconquête, dont le candidat Eric Zemmour a obtenu 7% des suffrages à la présidentielle de 2022, est le parti "le plus en phase avec certains pans de la rhétorique MAGA", observe Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite française.
Pour Marion Maréchal, autre eurodéputée d'extrême droite et ex-membre de Reconquête, le soutien de la sphère MAGA est "politique et médiatique", affirme-t-elle à l'AFP.
"La liberté sur les réseaux sociaux aide à établir ce contact, cette passerelle, et à nous renforcer les uns les autres pour avancer dans nos combats communs", détaillait-elle début novembre, après avoir rencontré à Paris Alex Bruesewitz, conseiller média de la campagne de Trump et figure de la sphère MAGA.
Son passage à Paris a été facilité par une association française, la Bourse Tocqueville, qui orchestre rencontres et échanges entre conservateurs des deux côtés de l'Atlantique.
L'entité, dirigée par le couple franco-américain Kate et Alexandre Pesey, a notamment organisé une visite début mai à Paris de Kevin Roberts, président du cercle de réflexion conservateur Heritage Foundation, considéré comme le réservoir idéologique de la pensée trumpiste.
Kevin Roberts expliquait alors vouloir tisser des liens avec des Européens qui souhaitent s'allier "avec des amis américains, afin de pouvoir ressusciter l'esprit de la civilisation occidentale".
Du côté du Rassemblement national, principal parti d'extrême droite français qui ambitionne de conquérir le pouvoir en 2027, l'attitude à l'égard de la sphère MAGA est plus ambiguë.
"On a toujours dit qu'on voulait être une voix indépendante, qu'on n'est affilié ni aux uns, ni aux autres", assure à l'AFP le vice-président du RN Louis Aliot, qui a assisté à l'investiture de Donald Trump ainsi qu'à l'hommage rendu à Charlie Kirk en septembre dans le Colorado.
"On peut se trouver des points communs sur des thématiques telles que la lutte contre l'immigration et la protection des frontières" ou la dénonciation du "wokisme", détaille M. Aliot.
Mais il existe des différences: "Ils sont dans une dynamique qui mêle patriotisme et d'une certaine manière religion, qui nous est totalement étrangère".
Pour le camp trumpiste, "avec l'Allemagne et le Royaume-Uni, c'est plus facile" qu'en France "car leurs partis (nationalistes, NDLR) sont davantage alignés avec l'agenda MAGA", commente une source diplomatique française.
- Rôle de la "Big Tech" -
Pour faire circuler les narratifs MAGA en Europe, le rôle des plateformes "Big Tech" (Apple, Alphabet, Meta...) est fondamental, souligne Maud Quessard, spécialiste de politique étrangère américaine et chercheuse à l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire (Irsem).
Le patron de Viginum, Marc-Antoine Brillant, a récemment appelé au Sénat à considérer les plateformes comme "des acteurs de la menace informationnelle", capables "d'agir sur le débat public en France au travers de leurs algorithmes" ou de "l'abaissement des politiques de modération".
En Allemagne, plus de la moitié des contenus politiques recommandés sur X étaient favorables à l'AfD lors des élections législatives de février, selon l'ONG Global Witness. Le chiffre montait même à 78% sur la plateforme chinoise TikTok.
La réponse publique des autorités françaises et européennes, qui craignent d'éventuelles mesures de rétorsion de Donald Trump, reste à ce stade timide.
Le ministère français des Affaires étrangères a bien lancé en septembre le compte X "French response", dont l'objectif est de réagir aux fausses informations visant la France sur les réseaux sociaux.
Mais "pour l'instant, ce compte a une visibilité limitée" avec moins de 10.000 abonnés, observe le chercheur Julien Nocetti, spécialiste des questions de guerre informationnelle. Pas de quoi faire de l'ombre à l'influence numérique du patron de X, Elon Musk, un temps fervent soutien du président américain.
tll-gbh-Dt-dab/sva/hba
Ch.Havering--AMWN