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Le Pakistan réprime de plus en plus la liberté d'expression, selon les défenseurs des droits
Mavra Bari devait prendre part à une marche organisée à Islamabad pour la Journée internationale des femmes, mais elle aura finalement "célébré" cette journée, enfermée dans une cellule exiguë avec une trentaine d'autres manifestants.
La jeune femme est restée détenue douze heures durant, aux côtés de plus de trente femmes, hommes et enfants, dans cette cellule étouffante, exhalant des effluves de moisissures, de sueur et de peur. Et des toilettes hors d'usage.
"La prison était horrible", raconte Mavra Bari, "et nous avons été battus."
Un journaliste de l'AFP était sur place quand ils sont sortis de la prison, tous visiblement ébranlés par cette expérience. Certains tuméfiés, avec des ecchymoses, semblaient avoir été maltraités.
"Ma fille était simplement là pour regarder la marche (…) Elle n’a rien fait de mal", s'exclame un homme, les larmes aux yeux, devant le commissariat de police.
A priori, la marche pour la Journée de la femme, n’aurait pas dû inquiéter outre mesure les autorités d’Islamabad ni la puissante armée pakistanaise.
Le Premier ministre Shehbaz Sharif avait d'ailleurs affirmé sur X, à l'occasion du 8 mars , que "l'émancipation des femmes demeure au coeur de la vision de notre gouvernement pour le développement du Pakistan."
Mais les organisations des droits humains ont, à maintes reprises, exprimé leur inquiétude quant au recours croissant aux arrestations pour empêcher la l'expression et les rassemblements pacifiques au Pakistan.
Sonnant l'alarme, Amnesty International prévient que "l'espace réservé à la dissidence se rétrécissait", les autorités pakistanaises recourant à la détention arbitraire, à la force et aux restrictions des rassemblements.
Ceux qui se retrouvent soudain en détention sont rarement informés des raisons de leur arrestation.
- Sécurité nationale -
L'ONG Human Rights Watch a documenté des cas d'intimidation, de disparitions forcées et de harcèlement judiciaire ciblant des militants des droits humains, des avocats ou encore des journalistes.
Les mouvements de contestation, de femmes revendiquant l'égalité ou encore les groupes d'opposition se trouvent fréquemment empêchés ou interdits de manifester, quand les groupes proches du pouvoir peuvent organiser des marches librement.
"De nos jours, tout et n'importe quoi devient une question de sécurité nationale, et n'importe qui peut être puni à ce titre", affirme Usama Khilji, militant pour les droits numériques.
Ce dernier évoque le cas d'Imaan Mazari, cette avocate spécialiste des droits humains, qui s'est saisie de certaines des affaires les plus sensibles du Pakistan, notamment les disparitions forcées des Baloutches, en défendant le principal militant de cette communauté.
Imaan Mazari et son mari, Hadi Ali Chattha, lui aussi avocat, purgent tous deux de longues peines de prison, accusés d'avoir publié des messages "anti-État" sur les réseaux sociaux.
Sohrab Barkat, journaliste numérique et animateur d'émissions sur YouTube, est détenu sans procès depuis la fin de l'année dernière, accusé d'avoir diffusé des "propos malveillants" et des fausses informations au sujet des institutions publiques.
- Détenue "sans raison" -
Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), le Pakistan figure toujours parmi les pays où les journalistes encourent des risques importants dans l'exercice de leur métier.
Au moins sept journalistes y ont été tués en 2024, selon le CPJ, tandis que d'autres ont été victimes de harcèlement et de disparitions forcées présumées.
De nouvelles lois, encadrant les médias traditionnels et les réseaux sociaux, ont été largement critiquées pour être restrictives et excessives à l'égard de la liberté d'expression et du journalisme indépendant.
Sehrish Qureshi était l'une des trois journalistes interpellées lors du rassemblement de la Journée internationale des femmes.
"J'étais allée au commissariat ce jour-là uniquement pour savoir pourquoi d'autres journalistes étaient arrêtées pour avoir fait leur travail", a-t-elle déclaré à l'AFP. "On m'a autorisée à entrer dans le poste de police, mais on m'y a détenue sans raison."
Des organisations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières, ont également dénoncé le contrôle croissant de l'État sur l'information et les pressions exercées sur les médias indépendants.
Harris Khalique, secrétaire général de la Commission des droits humains du Pakistan, a qualifié ces restrictions de "draconiennes".
Quelques jours après sa libération, Mavra Bari confiait à ses amis : "C'était effrayant au début. Nous ne savions pas pourquoi nous avions été arrêtés ni ce qu'ils allaient nous faire."
La police avait fini par leur expliquer qu'elle et ses codétenus avaient enfreint une loi interdisant les rassemblements de plus de quatre personnes.
Pourtant, peu après, des milliers de musulmans chiites se sont rassemblés à Islamabad pour la Journée d'Al-Quds, sans finir en prison.
Y.Nakamura--AMWN