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Plongée dans la chambre forte américaine qui protège les explosifs films en nitrate
Il était une fois l'âge d'or d'Hollywood, où les stars et les films faisaient des étincelles... mais aussi les pellicules, alors hautement inflammables.
C'est pourquoi de nombreuses bobines en nitrate, souvent appelées "films flamme", sont aujourd'hui stockées dans un bâtiment dédié, une grande chambre forte ignifugée sise dans la campagne américaine, à près de deux heures de route de Washington.
Les pellicules en nitrate, utilisées depuis les débuts du cinéma dans les années 1890 jusqu'au début des années 1950, sont conservées dans ce bâtiment qui dépend de la Bibliothèque du Congrès, un lieu rarement accessible au public que l'AFP a pu visiter.
On y trouve quelque 145.000 bobines de ces films très fragiles mais connus pour leur grande qualité d'image. La numérisation progressive de ces trésors cachés à Culpeper, en Virginie, permet de les visionner en toute sécurité.
Au fil des années, de nombreux films-nitrate, en grande majorité issus du cinéma muet, ont pris feu ou ont été jetés.
Mais le responsable de la cinémathèque, George Willeman, souligne que de beaux restes ont survécu, comme les négatifs du classique "Casablanca", du film de Frank Capra "Monsieur Smith au Sénat" ou encore "Le vol du grand rapide", sorti en 1903 et considéré comme l'un des premiers westerns américains.
Le long d'un couloir gris qui semble s'étirer à l'infini, des dizaines de portes en acier ouvrent sur des cellules austères.
A l'intérieur de chacune des quelque 120 cellules - l'une d'entre elles est entièrement consacrée aux archives Disney -, des casiers du sol au plafond.
Chacun contient des boîtes de pellicules renfermant des négatifs, rangés avec le plus grand soin: les boîtes sont serrées les unes contre les autres pour éviter qu'elles ne s'ouvrent, mais suffisamment espacées pour éviter toute propagation du feu.
Depuis sa création en 2007 dans cet ancien bâtiment de la Réserve fédérale américaine, le centre de conservation n'a jamais connu le moindre incendie.
- Poussière et gaz -
Les bobines en nitrate ne représentent qu'une partie de la collection du centre, qui compte plus de six millions d'oeuvres audiovisuelles et sonores. On y trouve aussi des scénarios, des affiches, des photos.
George Willeman, qui arbore un badge sur lequel on peut lire "Experience Nitrate", explique que la Bibliothèque du Congrès a commencé à les préserver dans les années 1960, "lorsqu'on s'est rendu compte qu'une grande quantité de films était en train de disparaître" à cause d'incendies et de sociétés en faillite qui jetaient leurs négatifs.
En collaboration avec l'American Film Institute, la Bibliothèque a commencé à rassembler et numériser des films-nitrate, notamment les fonds des grands studios hollywoodiens: RKO, Warner Brothers, Universal, Columbia et Walt Disney.
Elle a également puisé dans les collections personnelles d'icônes du cinéma telles que Mary Pickford, productrice et star du cinéma muet, et Thomas Edison, l'un des inventeurs du cinéma dont le premier studio a produit des centaines de films.
"Cela fait 50 ans que ça dure, et la collection ne cesse de s'agrandir", déclare le responsable du centre.
Avec l'avènement des supports numériques, la mission s'est étendue au-delà de la simple conservation pour les puristes et les historiens du cinéma - qui affirment que les films sont plus beaux sur les bobines en nitrate - pour inclure la mise en ligne de vieux films.
"Maintenant, nous pouvons les mettre à la disposition de tout le monde, ce qui, pour moi qui suis un mordu du cinéma depuis, disons, le CE2, est tout simplement incroyable", lance George Willeman.
Les films de nitrate réalisés aux débuts du cinéma se conservent souvent mieux que des pellicules plus récentes, estime Courtney Holschuh, chargée de l'archivage des films.
Depuis un poste de travail où ampoules électriques et piles à l'air libre sont proscrites - deux éléments susceptibles de provoquer l'inflammation de la poussière ou des émanations de gaz provenant de vieux films - cette spécialiste raconte comment, en septembre dernier, elle a déballé avec soin une collection de dix bobines données par un enseignant à la retraite.
Elles contenaient 42 titres différents, dont seulement 26 ont été identifiés. Parmi eux, un film perdu de George Méliès, pionnier français du cinéma, intitulé "Gugusse et l'automate".
"Une grande partie de l'histoire des débuts du cinéma reste encore à découvrir et à vivre", glisse George Willeman.
L.Harper--AMWN