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L'engrais flambe mais un paysan albanais voit son avenir dans le marc de café
Chaque jour, Alban Cakalli, petit paysan albanais, fait la tournée des bars pour récolter le marc de café. Face à la flambée des coûts des engrais, il est revenu aux méthodes traditionnelles pour fertiliser ses terres.
L'agriculteur de 38 ans ne possède qu'un demi hectare à Mamurras dans le nord-ouest du pays des Balkans mais il ne peut plus enrichir ses cultures de légumes et de fruits exotiques avec les engrais chimiques utilisés jusque ici.
Sous l'effet de la pandémie du coronavirus et de la guerre en Ukraine, les marchés alimentaires se sont tendus, les prix des carburants se sont envolés tout comme ceux des engrais azotés fabriqués à partir du gaz, dont Moscou est un grand producteur.
L'agriculteur a donc recours au marc, excellent fertilisant naturel selon lui et qu'on trouve en abondance dans un pays où le café est une boisson reine. Il en récolte quotidiennement 40 kilogrammes.
"Les Albanais sont des passionnés du café, parmi les premiers en Europe pour la quantité consommée", dit Alban Cakalli.
Le processus est chronophage car il faut faire la tournée des grands ducs avant de mélanger le marc avec des herbes et le composter trois mois. Mais ces résidus sont "riches en azote, magnésium et potassium et remplacent très bien les engrais chimiques" en plus d'être "répulsifs pour les insectes", souligne-t-il.
Il est difficile d'obtenir des chiffres dans le pays pauvre où sur 350.000 fermiers, 280.000 sont des petits paysans indépendants. Mais beaucoup sont revenus comme Alban aux méthodes traditionnelles, selon plusieurs témoignages.
- Parfum envoûtant -
D'après les spécialistes, les intrants, engrais et carburants, représentent plus de 45% des coûts de la production agricole. L'Albanie importe la totalité de ses engrais en raison de la destruction de ses usines après la chute du communisme au début des années 1990.
"Le marc du café me fait économiser entre 1.500 euros et 2.000 euros par an", souligne Alban Cakalli, dont l'épouse attend leur troisième enfant.
Face à la mévente des concombres et tomates devenus plus chers, l'agriculteur s'est diversifié. Il s'est tourné vers des productions exotiques -- fruits de la passion, baies de goji--, l'un des rares effets heureux du Covid-19 qui a interrompu les importations d'Amérique du Sud au moment même où la demande augmentait.
"Pendant la pandémie, ces fruits ont été très recherchés car ils sont réputés contribuer au renforcement du système immunitaire et pour leurs vertus antioxydantes", explique son épouse Juli Cakalli, une infirmière de 34 ans.
Cette année, Alban Cakalli a récolté une demi-tonne de fruits de la passion dont le parfum envoûtant se mêle à celui du café. Ils sont vendus 15 euros le kilo, somme non négligeable en Albanie où le salaire moyen est de 460 euros.
"Les gens les aiment beaucoup, leur parfum est fantastique, meilleur même que ceux des pays d’origine car tout est frais", se félicite-t-il, estimant que l'exotique est une piste de survie pour l'agriculture albanaise.
"A toute chose malheur est bon", constate lui aussi Alban Zusi, un entrepreneur qui produit depuis un an des engrais organiques à partir de déchets animaux à Lezha, dans le nord du pays.
"Malgré les difficultés, les opportunités ne manquent pas", renchérit Fatmir Ndoji, chef de cuisine d'une ferme-restaurant d'agrotourisme renommée de la région. "Pour créer du bonheur en bouche, ce qui compte c'est la qualité".
S.F.Warren--AMWN