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Les étudiants afghans divisés sur l'interdiction des smartphones à l'université
Forcés de laisser leurs smartphones aux portes des universités, les étudiants afghans sont divisés: certains jugent que l'interdiction perturbe leurs études et leur capacité à les financer, quand d'autres estiment avoir gagné en concentration.
En juin, le chef suprême des autorités talibanes, Hibatullah Akhundzada, a décidé, sans donner d'explications, que fonctionnaires et collaborateurs du secteur public ne devaient plus utiliser de smartphone.
L'interdiction a été étendue aux campus universitaires.
Un employé "est venu dans notre salle de cours annoncer que nous n'étions plus autorisés à apporter notre smartphone", raconte un étudiant de 29 ans d'une faculté de Kaboul qui, comme d'autres interrogés par l'AFP, a préféré l'anonymat pour des raisons de sécurité.
A Hérat, dans l'ouest du pays, des affiches placardées sur les murs d'une université et de sa cité universitaire préviennent que toute personne trouvée avec un smartphone sera passible de poursuites.
D'après ces étudiants, aucune raison n'a été communiquée.
A Kandahar, grande ville du sud afghan, le porte-parole de l'Université explique que la mesure vise à s'assurer que les étudiants "restent attentifs aux cours, à leurs études et travaux pratiques".
Dans le monde, près de six pays sur 10 ont interdit l'utilisation des téléphones portables dans les établissements primaires et secondaires en raison des risques de "distraction" et des "menaces qu'ils font peser sur le bien-être des élèves", selon une étude de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) publiée en mars.
Elle ne mentionne aucun exemple d'interdiction dans les universités.
Le gouvernement taliban, au pouvoir depuis cinq ans, s'appuie sur une interprétation ultra-rigoriste de la loi islamique. Dans le passé, il a déjà restreint l'accès aux technologies de communication.
En 2025, l'accès à l'internet à haut débit avait été restreint dans plusieurs provinces d'Afghanistan durant des semaines, avant une coupure totale de tous les réseaux de communication dans le pays pendant deux jours à l'automne.
Fin 2025, plus de 22 millions de connexions mobiles téléphoniques étaient actives en Afghanistan, soit l'équivalent de la moitié de la population, selon le site spécialisé DataReportal. Dans les villes, de nombreux panneaux publicitaires présentent les différentes formules d'abonnement à l'internet mobile.
L'interdiction des smartphones à l'université a limité l'accès aux recherches en ligne et aux ressources éducatives, regrettent des étudiants.
- "Privés" de technologie -
"Quand certains cours n'étaient pas clairs, nous prenions des photos ou des vidéos avec nos téléphones de ce qui était écrit au tableau ou des +slides+, pour revoir le tout plus tard", explique un étudiant de 21 ans de Hérat.
"On ne peut pas étudier convenablement sans smartphone", abonde un étudiant en journalisme de 22 ans à Mazar-e-Sharif (nord).
Pour Fiona Frazer, directrice du département des droits humains au sein de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Unama), "il peut y avoir des raisons solides d'encadrer l'utilisation des technologies par les étudiants".
"Nous sommes néanmoins préoccupés par les restrictions" des autorités qui "limitent l'accès à l'information, la liberté d'expression" et compliquent la vie quotidienne des Afghans.
A Kaboul, l'étudiant de 29 ans déplore ne plus pouvoir utiliser l'intelligence artificielle (IA) qui lui permettait de faire "un devoir prenant 10 minutes en une minute".
Il se plaint également de devoir transporter des dizaines de livres faute d'accès aux e-books.
L'interdiction affecte surtout son travail de traducteur indépendant qui l'aide à financer ses études.
"Je dois normalement vérifier mes mails et WhatsApp chaque minute pour voir les messages de mes clients... Si je ne réponds pas, je peux perdre la commande", explique-t-il.
S'il peut payer les 10 afghanis (13 centimes d'euros) de consigne quotidienne pour laisser son smartphone à l'entrée de l'université le temps des cours, d'autres, dit-il, ne peuvent pas se le permettre.
Un étudiant kabouli de 28 ans a, lui, fait l'achat d'un simple téléphone portable d'ancienne génération avec lequel il peut passer des coups de fil. "Mais nous sommes privés des technologies actuelles", regrette-t-il.
Certains étudiants voient pourtant des effets positifs.
A Kandahar, où vit le chef suprême des autorités talibanes, Sanaullah Yousufzai, étudiant en médecine de 25 ans, note une amélioration des relations entre professeurs et étudiants.
"Nous pouvons mieux nous concentrer sur les cours, il n'y a plus d'interruptions dues à des appels", explique-t-il, même s'il s'inquiète de ne pas pouvoir joindre sa famille en cas d'urgence.
Etudiant en journalisme, Mohammad Hakim Haqmal, 22 ans, affirme que si ses camarades utilisaient leurs smartphones pour étudier, ils gaspillaient aussi beaucoup de temps sur les réseaux sociaux.
Désormais, "ils font plus d'efforts, étudient sérieusement et obtiennent de meilleurs résultats".
strs-ash/iw/jnd
Ch.Kahalev--AMWN