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Mostra de Venise : Shinya Tsukamoto filme la guerre du Vietnam pour un plaidoyer pacifiste
La guerre a beau avoir changé, la souffrance des victimes reste la même, les conduisant à commettre elles-mêmes "des actes horribles", a déclaré à Venise le réalisateur japonais Shinya Tsukamoto à propos de son film sur la guerre du Vietnam.
"Je voulais montrer que, par-delà les époques et par-delà les frontières, si des gens partent à la guerre, quel que soit leur pays d’origine, ils vivront des choses horrifiantes et commettront des actes horribles", a expliqué le réalisateur de "Mr. Nelson, Did you Kill People ?", en compétition à la Mostra de Venise.
Le film, adapté du récit autobiographique de l'ancien combattant Allen Nelson - joué par l'acteur américain Rodney Hicks -, raconte l’histoire de ce Marine afro-américain envoyé au Vietnam en 1966 et hanté pour le reste de sa vie par ce qu’il y a vu — et fait.
Shinya Tsukamoto, dont la précédente présence à Venise remonte à 2018 avec son film pacifiste de samouraïs "Killing", a expliqué qu'après avoir découvert l’histoire d'Allen Nelson, qui a souffert de stress post-traumatique (TSPT) et consacré sa vie à témoigner des horreurs de la guerre, il avait senti l'importance de porter cette expérience à l'écran.
"Ce qui m’a vraiment choqué, c’est la façon dont il décrivait, avec une honnêteté, une franchise et une absence totale de détour, ce qui se passait pendant la guerre. Il mettait tout à nu", a-t-il raconté au cours d'une conférence de presse.
"J’ai aussi été profondément frappé par le fait qu’il montrait les choses du point de vue du bourreau", a-t-il ajouté.
Pour autant, M. Nelson "ne voulait pas dire qu’il était parti à la guerre en tant qu’Américain, mais (...) que, dans n’importe quel pays, à n’importe quelle époque, si vous partez à la guerre, vous êtes obligé de faire ce genre de choses. Donc j’ai choisi ce film en tant que thème universel", a ajouté samedi à l'occasion d'une table ronde le réalisateur qui explore de plus en plus, dans ses récents projets, l’héritage de la guerre et de ses ravages.
- La guerre dans son corps -
"Même si le camp qui tue change, les victimes, elles, ne changent pas. Que ce soit une guerre +à l’ancienne+ ou une guerre de drones, au final, les entrailles des gens sont répandues, leurs yeux sont arrachés de leurs orbites et les familles autour d’eux sont plongées dans le chagrin", a relevé le réalisateur, connu comme étant le père du cyberpunk japonais grâce à son film culte "Tetsuo : The Iron Man" (1989).
"Mr. Nelson, Did you Kill People ?" est la question posée par une fillette au cours d’une intervention de l'ancien soldat dans une école après son retour du Vietnam.
S'ensuit une lente descente aux enfers, dont il ne commence à émerger que grâce au soutien de sa famille et à une longue thérapie avec le docteur Daniels, incarné par l'acteur australien Geoffrey Rush.
"Même si vous parvenez à rentrer chez vous sain et sauf, (...) vous porterez ce poids sous la forme de TSPT", un poids également porté par la famille et les générations suivantes, a souligné Shinya Tsukamoto.
"Tirez sur tout ce qui bouge" : à travers des flashbacks, suscités par les questions du psychiatre, d’un réalisme cru parfois difficilement soutenable, le spectateur est plongé dans la moiteur de la jungle vietnamienne, où le jeune Nelson, interprété par Mark Merphy, et son unité, traquent les combattants du "Viet Cong", massacrent des civils et brûlent des villages comme s’il s’agissait d’une simple routine.
"Quand je réalise un film, (...) je veux montrer les choses de façon à ce que le public s’identifie complètement aux personnages à l’écran", a expliqué le réalisateur, disant souhaiter que "le public ressente la guerre et en ressorte avec une légère forme de traumatisme".
"Si les gens peuvent ressentir cela à travers ce film, alors je crois personnellement qu’un jour, lorsque des jeunes le verront, ils rejetteront viscéralement l’idée d’aller sur un vrai champ de bataille."
M.Thompson--AMWN