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Ce qu'il faut savoir sur les algorithmes derrière les réseaux sociaux
Au coeur de la méthode commerciale des réseaux sociaux, les algorithmes chargés de personnaliser les contenus proposés aux utilisateurs et les inciter à passer plus de temps en ligne sont la nouvelle cible du gouvernement travailliste australien.
Un nouveau projet de loi sur la sécurité en ligne, le deuxième en deux ans, qui doit être présenté dans la semaine au Parlement, ambitionne d'imposer aux géants de la tech de permettre aux internautes de désactiver les algorithmes qui effectuent des recommandations automatiques sur mesure. Voici ce qu'il faut savoir sur ces outils.
- Qu'est-ce qu'un algorithme ? -
Sur TikTok, Youtube ou n'importe quelle autre plateforme, les contenus s'affichent en fonction des centres d'intérêts de l'utilisateur.
Les publications sont sélectionnées selon des règles de programmation: les fameux algorithmes. Ils prédisent quels contenus vont donner envie à l'utilisateur d'interagir, en suscitant son intérêt ou son hostilité.
Ils se basent sur leur connaissance de l'utilisateur: quels contenus il a publié, avec lesquels il a interagi, son âge, sa profession ou encore sa localisation.
Les géants des réseaux sociaux gardent généralement secrète la recette de leurs algorithmes, qui fait bien souvent leur succès.
- Sont-ils addictifs ? -
Le piège est bien connu des utilisateurs: ouvrir une application pour cinq minutes et voir en relevant le nez qu'une heure a défilé.
Les réseaux sociaux sont conçus précisément pour ça, affirment des chercheurs et des militants.
"Ces plateformes ont mis au point des fonctionnalités addictives qui maintiennent les enfants et les adultes en ligne plus longtemps qu'ils ne le souhaitent, souvent aux dépens de leur sommeil, de leur bien-être et de leur lien avec le monde réel", explique Mark Williams, professeur honoraire de neurosciences cognitives à l'université Macquarie de Sydney.
Parmi ces dispositifs, on compte par exemple le défilement infini de contenus, les récompenses variables ou encore les notifications urgentes.
"Cette imprévisibilité stimule le système dopaminergique, créant un cycle compulsif de recherche et d'anticipation", écrit Quynh Hoang, maîtresse de conférences à l'université britannique de Leicester. Ce mécanisme peut créer une dépendance similaire à l'addiction à une substance, selon une étude publiée l'an dernier dans la revue Cureus.
- Quels dangers ? -
Les réseaux sociaux "sont conçus pour retenir notre attention et cela signifie trop souvent privilégier les contenus provocants et extrêmes, car l'indignation génère l'engagement et l'engagement génère le profit", note Steven Roberts, de l'université Monash à Melbourne.
Par exemple, les algorithmes sont accusés de pousser les adolescents vers des contenus promouvant la misogynie et les violences envers les femmes.
Selon une étude de l'association australienne Movember, les réseaux sociaux conduisent les jeunes hommes à ces contenus qu'ils le veuillent ou non, en les menant par exemple de publications anodines sur le sport à des contenus violents. Et ces visionnages peuvent influencer les comportements.
"Notre enquête nationale menée auprès de plus de 2.600 enseignants a révélé que (...) 70% d'entre eux avaient constaté, fréquemment ou occasionnellement, l'impact des influenceurs de la manosphère sur les attitudes et le comportement des élèves", souligne M. Roberts.
- Que propose l'Australie ? -
Le projet de loi australien doit permettre aux utilisateurs qui le souhaitent de désactiver les algorithmes de recommandations.
Il prévoit également d'imposer aux entreprises de protéger les mineurs de la pornographie, du cyberharcèlement, des contenus valorisant la criminalité ou encourageant les troubles du comportement alimentaire.
Cette initiative vise à recentrer les plateformes sur les publications des personnes et pages suivies par l'utilisateur s'il le souhaite.
Dans une enquête réalisée en 2025 auprès de plus de 6.000 personnes dans six pays, seule une personne sur cinq a déclaré qu'elle désactiverait les recommandations personnalisées si elle le pouvait, note cependant Lisa Harrison, maîtresse de conférence en communication et médias à l'université australienne de Flinders.
"L'algorithme fait bien son travail et la minorité qui choisit de le désactiver trouvera que le fil d'actualité composé de ses amis et créateurs est moins animé que celui qu'elle a quitté", prédit-elle.
F.Bennett--AMWN