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Immigration: les discussions se tendent, les doutes affleurent
Tendues et sans issue à ce stade. Elisabeth Borne entame vendredi son troisième jour de discussions auprès des LR dans l'espoir d'arracher des concessions même minimes sur l'immigration qui pourraient apaiser une majorité et un gouvernement au bord de la crise de nerf.
La cheffe du gouvernement et ses proches poursuivent une cour insistante auprès du parti Les Républicains, en position de force depuis le rejet lundi du projet de loi immigration par l'Assemblée nationale.
Le ministre délégué aux Relations avec le Parlement Franck Riester a ainsi déclaré vendredi sur franceinfo qu'il avait "confiance" en LR. "Ils ne nous mentent pas", a-t-il ajouté.
Après avoir reçu à deux reprises les dirigeants de la droite, avant une nouvelle rencontre prévue dimanche soir, la Première ministre a exposé jeudi à ses ministres puis à sa majorité les "grands équilibres" du texte susceptible d'être discuté lundi par les sept sénateurs et sept députés de la Commission mixte paritaire (CMP), ont rapporté plusieurs ministres.
Après l'adoption par l'Assemblée d'une motion rejetant son projet de loi, le gouvernement et Emmanuel Macron ont choisi de confier à la CMP la tâche de définir un texte de compromis. Elle devra travailler sur la base du texte durci le mois dernier par le Sénat, majoritairement à droite.
Devant ses ministres, la cheffe du gouvernement a parlé d'un texte qui serait amputé de la réforme de l'Aide médicale d'Etat (AME) pour les sans-papiers, qui ne reprendrait pas l'allongement des délais de séjour en France pour bénéficier des prestations sociales et certaines dispositions du code de la nationalité.
Le texte conserverait en revanche un article sur la régularisation au cas par cas des sans-papiers dans les métiers en tension qui serait à la discrétion des préfets. La majorité était favorable à une formule plus large et moins restrictive.
- Echange âpre -
La réunion d'Elisabeth Borne avec ses ministres s'est ainsi avérée "très tendue", selon plusieurs participants.
Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a notamment quitté la rencontre avant sa fin, semblant claquer la porte après un échange âpre avec la Première ministre.
Celle-ci venait de demander à chacun des membres de son gouvernement de "mesurer ses propos" et de "ne pas interférer dans la discussion en cours", visant sans le nommer le locataire de Bercy, qui avait appelé le gouvernement à "reprendre la version" du projet de loi issue du Sénat, tout en demandant à LR de la "mansuétude" dans les négociations.
Le ministre de l'Economie a répondu qu'il ne changerait "pas une virgule" de ce qu'il avait déjà dit, à savoir qu'il fallait reconnaître que le rejet du texte était "un échec" pour le gouvernement.
Bruno Le Maire a "mis les pieds dans le plat", glisse une source au sein de l'exécutif.
- Doutes -
Des ministres ont en outre émis des doutes sur l'adoption par les deux chambres si la CMP validait un texte très marqué à droite. En gagnant le soutien des LR, le gouvernement ne perdrait-il pas celui de la gauche de la macronie ?
Si Gérald Darmanin (Intérieur) et Franck Riester pensent que le texte peut passer à l'Assemblée nationale, ce n'est pas l'avis d'Aurore Bergé (Solidarités) ou de Gabriel Attal (Education).
Clément Beaune (Transports) et Roland Lescure (Industrie) ont pour leur part appelé à ne pas perdre "l’équilibre" du texte et les "marqueurs d'intégration et de gauche".
Et quand Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, a demandé si l'exécutif était "sûr que si on faisait l'effort de conclure une CMP, les LR seraient suffisamment nombreux" pour obtenir une majorité, la cheffe du gouvernement lui a demandé "d'arrêter de dire cela, ça les braque". Elle a fait remarquer que de nombreux textes avaient été votés au Parlement avec les voix de la droite.
"Il n'y a pas que la réunion des ministres à Matignon qui s’est mal passée. La réunion de groupe s’est mal passée. Les chapelles se reconstituent", note avec inquiétude un cadre du camp présidentiel.
Un autre conseiller juge la situation "pathétique" avec les Républicains qui "recommencent" à "faire tourner tout le monde en bourrique".
Pour Boris Vallaud, chef de file des députés PS, qui veut le retrait du texte, c'est déjà "la fin du +en même temps+" et "le début d’une cohabitation avec la droite".
D.Cunningha--AMWN