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A Tunis, un "Resto d'amour" tend la main aux sans-abri
A l'entrée du zoo de Tunis, sous un abri de fortune en cartons, Leila attend un repas chaud préparé par le "Resto d'amour" créé pour venir en aide aux plus démunis, dans un pays où les difficultés économiques s'aggravent.
"Cela fait plus de 27 ans que je vis dans la rue, en hiver comme en été. Je voudrais un logement, juste une chambre", explique cette femme de 50 ans, aux traits creusés.
Cet hiver, elle n'a pas encore pu se laver, confie-t-elle, en recouvrant son abri d'une bâche en plastique pour résister, elle et ses chiens, au froid.
"Je ne veux pas aller dans les centres sociaux", dit Leila, qui s'estime plus en sécurité dans son abri, malgré de fréquents vols et violences dans la rue.
Quand les équipes du Samu Social et de l'association Universelle lui apportent nourriture et vêtements chaque vendredi, Leila, chaussons usés aux pieds, se précipite vers eux, toute contente, avec ses chiens.
Le plat qu'elle va déguster a été concocté dans les cuisines du "Resto d'amour", lancé il y a trois ans par l'Universelle pour fournir des repas aux sans-abris.
Les autres jours, elle se contente souvent d'une boîte de sardines.
Leila est reconnaissante envers "ces personnes de bonne volonté et ces organisations qui m'aident", même si elle rêve encore d'un vrai logement.
En Tunisie, qui compte 12 millions d'habitants, le taux de pauvreté s'est établi à 16,6% en moyenne nationale en 2021, selon les derniers chiffres officiels, mais frôle les 25% en zone rurale.
Surendetté, l'Etat tunisien dispose de peu de moyens pour relancer une croissance poussive (1,2% estimé pour 2023) et réduire le chômage (16%).
Il n'existe pas de données officielles sur le nombre de sans-abri, évalués à plusieurs centaines.
Beaucoup fuient les régions défavorisées de l'intérieur pour chercher un travail dans les villes côtières, mais confrontés à un manque d'opportunités, ils se retrouvent à la rue.
D'autres, victimes de déboires familiaux ou souffrant de problèmes psychiatriques, dorment dans des stations de tramway et de bus.
Sabri, un trentenaire qui vend des mouchoirs en papier au centre de Tunis, a tenté de se suicider. "J'en ai assez d'être dans la rue depuis 20 ans", lance-t-il, sans espoir "d'une solution".
- Restaurant "humanitaire" -
Face à cette détresse, quand on passe à la caisse dans le "Resto d'amour", "une boîte à dons" incite les clients à verser un montant libre au profit des sans-abri.
Ce restaurant "humanitaire est le premier du genre en Tunisie", indique à l'AFP Nizar Khadhari, 39 ans, directeur de l'ONG Universelle. "Tous les bénéfices vont aux sans-abri et nous employons certains d'entre eux pour les réinsérer dans la société", assure-t-il.
Entre 400 et 450 plats sont servis chaque jour dont 30% environ à des personnes en difficulté, selon M. Khadhari qui prévoit un accroissement de leur nombre "en raison de l'inflation et du chômage".
Fonctionnaires ou employés: toutes les catégories sociales fréquentent cette cafétéria aux tarifs modiques (4,5 dinars, soit 1,34 euro, pour un plat de pâtes) et aux murs décorés de messages d'encouragement en anglais comme "n'abandonne pas".
Régulièrement, les clients croisent des personnes démunies venues pour des plats à emporter, distribués aussi lors des maraudes du vendredi.
Universelle collabore avec le Samu Social depuis sa création par le gouvernement en 2017.
Le ministère des Affaires sociales assure avoir aidé 223 sans-abris dans l'agglomération de Tunis en 2023.
"Personne ne peut ignorer l'impact de la situation économique sur les personnes vulnérables et il y a des programmes en leur faveur", souligne Rafik Bouktif, un responsable du ministère, également directeur d'un centre d'hébergement à Tunis.
Ce centre accueille une cinquantaine de personnes et coopère avec Universelle "pour venir en aide à un maximum de gens", notamment pour y transférer ceux qui y consentent.
"Lorsque l'on combine les ressources de l'Etat avec celles des associations pour un objectif commun, il est certain que l'on touche plus de gens", affirme M. Bouktif.
Mais "si les ambitions sont grandes, les moyens restent limités", admet-il, en mentionnant une enveloppe de 400.000 dinars (120.000 euros) pour le centre et l'action du Samu Social sur le Grand Tunis.
Depuis son transfert récent de la périphérie vers le centre-ville, le premier "Resto d'amour" a suscité un élan de solidarité. Asma, une fonctionnaire, s'y rend quotidiennement après l'avoir découvert via les réseaux sociaux.
"Nous mangeons tout en nourrissant les autres", se réjouit-elle.
Ch.Kahalev--AMWN