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Hongrie: face au scandale, un nouveau président pour tourner la page
La Hongrie, qui a perdu son emblématique présidente après le pardon accordé dans un scandale de pédocriminalité, a élu lundi au parlement son successeur pour tenter de clore ce retentissant scandale.
Première femme à occuper cette fonction essentiellement protocolaire dans le pays d'Europe centrale, Katalin Novak, nommée en mars 2022, a démissionné il y a deux semaines, reconnaissant une "erreur" dans sa décision de gracier le complice d'un pédocriminel.
Le Premier ministre Viktor Orban, confronté à sa plus grave crise politique depuis son retour en 2010, a lui-même évoqué un "cauchemar" en évoquant le départ de cette proche.
Pour la remplacer, le parti au pouvoir Fidesz a choisi un profil beaucoup plus discret, à savoir le juriste de 67 ans Tamas Sulyok, qui dirigeait la Cour constitutionnelle depuis 2016.
Il a prêté serment dans la foulée du vote et prendra son poste le 5 mars.
M. Orban espère ainsi mettre un terme au scandale, qui a fait descendre dans la rue mi-février plus de 130.000 personnes selon un décompte de la télévision RTL, une mobilisation d'une ampleur inédite en dix ans.
"L'unité nationale a été brisée par cette décision" de pardon, a souligné la semaine dernière le dirigeant nationaliste, estimant que seules la démission de Mme Novak et l'investiture d'un nouveau président pourraient "restaurer l'unité".
- "Présidence ennuyeuse" -
Aucune affiliation à un parti, novice en politique, "homme effacé": la personnalité de Tamas Sulyok contraste avec celle de Katalin Novak, fer de lance de la politique nataliste de la Hongrie, note Szabolcs Pek, analyste de l'institut de recherche Iranytu Intezet.
Très active sur les réseaux sociaux, elle aimait s'y présenter en mère de famille jonglant entre vie privée et professionnelle et s'affichait volontiers lors de ses déplacements à l'étranger.
"Si elle se comportait comme une +influenceuse+, Tamas Sulyok augure plutôt d'une présidence terne, on pourrait même dire ennuyeuse - exactement ce que veut le Fidesz", décrypte l'expert.
"Je pense que la Hongrie a besoin aujourd'hui d'un tel président", a résumé Viktor Orban en ouvrant la session parlementaire lundi, saluant sa "vaste expérience" dans le droit et "son autorité incontestée".
"Les décisions de la Cour constitutionnelle ont montré la voie ces dernières années", a-t-il estimé, même si certaines ont soulevé des controverses, notamment sur le droit de grève des enseignants.
Une nouvelle tête donc pour faire oublier le scandale, et aussi de nouvelles réformes.
Le Premier ministre a promis de renforcer la législation sur la protection des enfants et "de contrôler l'ensemble des responsables d'institutions pour enfants".
Il a préconisé "des tests analysant le mode de vie, les déviances sexuelles et l'aptitude psychologique" de ceux travaillant avec des mineurs.
Car la grâce, discrètement accordée à l'occasion de la visite du Pape en avril 2023, a bénéficié à l'ex-directeur adjoint d'un foyer, condamné à plus de trois ans de prison pour avoir couvert les agissements pédocriminels de son supérieur.
O.Karlsson--AMWN