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Face à la grève des médecins, Séoul mobilise les infirmiers
Le gouvernement sud-coréen a octroyé mardi aux infirmiers de nouvelles responsabilités, couplées avec une protection juridique, dans un contexte de fronde des internes qui ont massivement démissionné pour s'opposer à un projet de réforme des études médicales.
Les infirmiers sud-coréens seront désormais autorisés à réaliser certains actes médicaux auparavant réservés aux médecins et bénéficieront d'une protection juridique en cas de poursuites judiciaires liées à leurs nouvelles compétences, a déclaré mardi le vice-ministre de la Santé, Park Min-soo.
En Corée du Sud, l'activité des hôpitaux est fortement perturbée depuis une semaine par un mouvement de protestation des internes en médecine, qui s'opposent à une réforme du gouvernement destinée à augmenter les admissions dans les facultés de médecine.
En l'espace d'une semaine, plus de 10.000 jeunes médecins - soit 80,5% des internes - ont démissionné bien que le gouvernement, qui juge leur action illégale, leur ait intimé l'ordre de retourner dans les hôpitaux.
Cette action collective a entraîné des annulations et des reports d'opérations. Vendredi, le pays a relevé son état d'alerte sanitaire au plus haut niveau.
"Ce programme pilote protégera légalement les infirmiers qui comblent le vide médical créé par le débrayage des médecins internes dans les hôpitaux", a justifié M. Park.
Le gouvernement a déclaré devoir protéger les infirmiers d'une "zone grise" relative aux traitements médicaux pouvant être effectués par tel ou tel membre du personnel médical, alors que les infirmiers "assument la charge de travail" en raison de la vague de démissions des internes.
L'administration de chaque hôpital devra travailler avec les infirmiers pour décider des tâches qu'ils pourront effectuer.
Des infirmiers ont déclaré à l'AFP que ces changements n'offraient pourtant pas une protection suffisante dans les cas où la vie du patient serait mise en danger.
"Bien que l'on affirme que la protection juridique est assurée, je ne la trouve pas assez précise pour me sentir en sécurité", a déclaré Lee Hye-ok, qui travaille dans l'un des cinq plus grands hôpitaux de Corée du Sud.
"Nous, les infirmières, ne pouvons pas refuser lorsqu'on nous demande d'aider le patient sur place, lorsqu'il n'y a personne d'autre de disponible", a déclaré Park Na-rae, infirmière et membre du syndicat de l'hôpital de l'Université nationale de Séoul.
"Ce qui est inquiétant, c'est de ne pas savoir si nous pouvons être tenues pour responsables en cas d'aggravation de l'état du patient".
- Ouverture d'une enquête -
Mardi, le gouvernement a par ailleurs déclaré avoir ouvert une enquête après le décès dû à un arrêt cardiaque, dans une ambulance, d'un patient qui n'avait pu être pris en charge dans un hôpital.
Les services d'urgence ont contacté sept hôpitaux différents, mais "on leur a dit qu'il n'y avait pas d'interne en médecine", a rapporté le quotidien sud-coréen JoongAng Ilbo.
"Le gouvernement mène une enquête sur place avec les agences concernées", a déclaré le ministre de la Santé Cho Kyoo-hong.
Le gouvernement sud-coréen a exhorté les internes en médecine à regagner leur poste d'ici à jeudi, menaçant d'engager des poursuites judiciaires contre ceux qui ne retourneraient pas auprès de leurs patients, ou de suspendre leur permis d'exercer.
Il a également demandé mardi à la police d'ouvrir une enquête sur les personnes liées à la grève, dont cinq liées à l'Association médicale coréenne.
Kim Sung-ju, directeur du Conseil coréen des droits des patients atteints de cancer, a déclaré à l'AFP que tous les hôpitaux universitaires proches de Séoul avaient des retards dans les chimiothérapies et les opérations chirurgicales.
En Corée du Sud, les médecins sont considérés comme des travailleurs essentiels et la loi leur interdit de faire grève.
Séoul affirme avoir l'un des ratios médecins/habitants les plus bas parmi les pays développés, et le gouvernement voudrait pouvoir compter sur 2.000 étudiants en médecine supplémentaires par an, à partir de l'année prochaine.
Les médecins y sont farouchement opposés, affirmant que cela nuirait à la qualité des services. Les partisans de la réforme estiment qu'ils craignent surtout que cela n'érode leurs salaires et leur statut social.
Pour les internes, ces changements sont la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, alors qu'ils exercent dans des conditions difficiles, et que le système de santé actuel repose en grande partie sur eux.
L'association des internes en médecine coréens a déclaré sur les réseaux sociaux que la réforme allait "détruire les soins médicaux".
Le président Yoon Suk Yeol a déclaré mardi que "la réforme médicale ne peut faire l'objet de négociations ou de compromis".
"Aucune raison ne peut justifier des actes qui prennent en otage la vie et la santé des citoyens", a-t-il ajouté.
Selon les sondages, environ 75% de la population soutient la réforme, les personnes vivant dans les zones reculées ayant du mal à accéder à des soins de santé de qualité.
X.Karnes--AMWN