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Législatives: dernier jour de campagne avant le grand saut dans l'inconnu
Quelques heures avant le saut dans l'inconnu: la campagne des législatives s'achève officiellement vendredi et chacun délivre ses derniers messages de mobilisation pour tenter de forcer le destin d'un scrutin historique, pour lequel le Rassemblement national espère encore la majorité absolue.
L'extrême droite va-t-elle décrocher les clés de Matignon pour la première fois en France ? La stratégie de désistement de ses opposants va-t-elle lui barrer la route ? Le camp présidentiel va-t-il sauver les meubles ?
"Je pense que nous avons des chances sérieuses d'avoir une majorité absolue à l'Assemblée", a assuré Marine Le Pen vendredi sur CNews-Europe1, estimant que les projections en sièges qui, sondages après sondages, ne donnent qu'une majorité relative au RN, "ne sont pas une science exacte".
"J'ai l'impression que tout ça a pour vocation de démotiver nos électeurs (...) il faut donner le dernier coup d’énergie", a-t-elle lancé, prédisant sinon pour le pays "pas le chaos mais le bourbier, l'arrêt total".
Les mêmes instituts voient le Nouveau Front populaire deuxième (165-190 chez Elabe, 145-175 chez OpinionWay), devant le camp présidentiel (120-140 pour Elabe, 130-162 pour OpinionWay), qui profiterait notamment des nombreux désistements de candidats hostiles au RN.
- "Eviter la catastrophe" -
A gauche aussi, certains espèrent déjouer les pronostics. "Nous pouvons gagner", a ainsi affirmé jeudi soir le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, pour qui ce sont les "16 millions d'abstentionnistes" du premier tour "qui font la décision".
Mais d'autres envisagent déjà une coalition avec les centristes voire la droite, comme Marine Tondelier pour qui "le sujet ce n'est pas avec qui mais pour quoi faire". Si cette alliance baroque devait voir le jour, la cheffe des Ecologistes a assuré sur franceinfo que "c'est évidemment sur la base du programme" de la gauche "qui est arrivé en tête des forces républicaines au premier tour, que les discussions partiront".
"Il faudra que les responsables se conduisent en adultes (et) que chacun, voyant la situation de difficultés du pays, accepte de faire un pas vers l'autre", a nuancé le patron du MoDem François Bayrou, qui a évoqué sur France 2 la piste d'un "gouvernement d'entente républicaine".
Des "magouilles" dénoncées sur la même chaîne par le député sortant du RN Jean-Philippe Tanguy, qui a fustigé "un système" où "gauche, droite et macronistes" sont "tous unis pour sauver leurs sièges".
Les jeux sont toutefois loin d'être faits. Car, comme l'a souligné l'ancien président socialiste François Hollande, "ça ne veut pas dire que, parce que des états-majors ou des candidats se sont eux-mêmes désistés, les électrices et les électeurs vont suivre les consignes".
L'ex-tête de liste sociale-démocrate aux européennes, Raphaël Glucksmann, l'a reconnu sur RTL: "C'est un acte difficile pour une électrice ou un électeur de centre droit par exemple, d'aller voter pour quelqu'un de gauche ou à l'inverse, pour un électeur de gauche, d'aller voter pour Gérald Darmanin", même s'il y a selon lui "urgence" pour "éviter la catastrophe".
- "Tout se tend" -
Les réticences sont a priori plus forte chez les électeurs centristes: en cas de duel gauche-RN, entre un tiers (Elabe) et la moitié (OpinionWay) de ceux qui voté pour le camp macroniste au premier tour envisagent de glisser dans l'urne un bulletin NFP.
En revanche les électeurs de gauche répugnent moins à faire barrage à l'extrême droite et seraient plus d'un sur deux (OpinionWay) voire deux sur trois (Elabe) à voter pour un candidat Ensemble pour la République dimanche face au RN.
De quoi ajouter à l'incertitude d'un scrutin décisif, dans lequel la majorité sortante compte également jouer sa chance, emmenée par Gabriel Attal. En déplacement auprès de ses candidats vendredi matin dans deux circonscriptions parisiennes, le Premier ministre n'a d'ailleurs pas exclu que son gouvernement reste en place "aussi longtemps que nécessaire" pour assurer la continuité de l'Etat.
"Je ne veux pas donner l'impression que j'enjambe le deuxième tour des élections. J'ai trop de respect pour le vote des Français", a-t-il déclaré, aux côtés de sa ministre de la Culture Rachida Dati, qui a appelé à "la responsabilité et l'apaisement" dans une fin de campagne où "tout se polarise et tout se tend".
Cette campagne éclair, la plus courte de l'histoire de la Ve République pour des législatives, est en effet émaillée de violences. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a indiqué vendredi que "51 candidats, suppléants ou militants" ont été "agressés physiquement" durant la campagne, donnant lieu à "plus d'une trentaine d'interpellations".
A.Rodriguezv--AMWN