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Transfert de migrants hors de l'UE: une piste inflammable au menu des ministres européens
Les questions migratoires reviennent en force dans l'agenda européen. Les ministres de l'Intérieur de l'UE se retrouvent jeudi à Luxembourg pour évoquer notamment une proposition inflammable de transfert des migrants dans des centres d'accueil de pays tiers.
Défendus par la Hongrie ou l'Italie, ces "hubs de retour" - des centres où seraient renvoyés des migrants illégaux dans des pays en dehors de l'UE - ne sont qu'une simple piste de travail, et pas une initiative concrète à ce stade.
La discussion a peu de chances d'aboutir, selon des sources diplomatiques, mais elle illustre le durcissement de ton sur l'immigration en Europe, marquée par la poussée de l'extrême droite.
Ces "hubs" s'inspirent de l'accord controversé conclu par le gouvernement de Giorgia Meloni, cheffe du parti post-fasciste Fratelli d'Italia, avec l'Albanie, où deux centres doivent recevoir des migrants arrêtés dans les eaux italiennes.
Ils rappellent aussi le projet abandonné par la Grande-Bretagne d'expulser au Rwanda de façon groupée des migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni.
A ce stade, ces "hubs" figurent simplement parmi les "solutions innovantes" que les ministres de l'Union sont invités à explorer jeudi lors d'un déjeuner de travail consacré au "retour des migrants en situation irrégulière et des demandeurs d'asile rejetés".
Au moins pour en étudier la "faisabilité", dans le respect du "droit international et européen", selon un document préparatoire.
L'immigration sera plus largement à l'ordre du jour du sommet des 17 et 18 octobre à Bruxelles, où les chefs d'Etat et de gouvernement doivent notamment aborder le renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l'UE et l'accélération des retours.
Sur le plan législatif, le sujet semblait pourtant balisé après l'adoption mi-mai du pacte asile et migration qui durcit les contrôles et établit un mécanisme de solidarité entre les 27 dans la prise en charge des demandeurs d'asile.
L'entrée en application de cette vaste réforme est prévue mi-2026 mais de nombreux Etats membres poussent pour aller plus loin.
A peine le pacte scellé, une quinzaine de pays, dont la Grèce et l'Italie, avaient réclamé une politique d'expulsion "plus efficace", qui "pourrait" inclure des "mécanismes" de "hubs", en dehors de l'Europe.
Et après une série de succès électoraux de l'extrême droite, comme en Autriche tout récemment, "le sujet migratoire est de retour", souligne l'analyste Eric Maurice, de l'European Policy Centre à Bruxelles.
- La "directive retour" dans le viseur -
Selon Eurostat, en 2023, 484.160 ressortissants de pays tiers ont reçu l'ordre de quitter l'UE, et 91.465 (18,9%) ont fait l'objet d'un retour effectif.
Sur le plan législatif, plusieurs pays européens réclament une révision de la "directive retour" de 2008 qui harmonise les règles en matière de reconduction aux frontières.
Une récente note des Pays-Bas et de l'Autriche sur le sujet a reçu le soutien de l'Allemagne et de la France afin de "faciliter" et "accélérer" les retours.
Le nouveau ministre français de l'Intérieur, Bruno Retailleau, en a fait son cheval de bataille. Selon ce représentant de la droite conservatrice, cette directive rend "quasiment impossibles" les expulsions.
Les mots du Français seront d'ailleurs scrutés à Luxembourg pour son premier rendez-vous avec ses homologues. Il vient de multiplier les déclarations controversées contre l'immigration, jusqu'à estimer que "l'Etat de droit n'est pas intangible ni sacré", avant un recadrage du chef du gouvernement Michel Barnier.
"Il y a un affichage politique" en Europe, "car il y a une énorme pression des partis d'extrême droite. On n'est pourtant pas dans la crise migratoire de 2015", estime Sophie Pornschlegel, du think-tank Europe Jacques Delors.
En début de semaine, la Hongrie du nationaliste Viktor Orban a demandé à Bruxelles une dérogation aux règles de l'UE sur l'asile, emboîtant le pas aux Pays-Bas, même si cette procédure a peu de chances d'aboutir.
En Allemagne, après l'émotion suscitée par des attaques islamistes et face aux succès électoraux de l'AfD (extrême droite), le gouvernement du social-démocrate Olaf Scholz a récemment rétabli des contrôles à l'ensemble de ses frontières, pour une durée de six mois.
Entorse au principe de "libre-circulation", la décision n'est pas interdite par les règles Schengen mais a provoqué l'embarras de la Commission européenne, qui souligne que de telles mesures doivent rester "exceptionnelles" et "proportionnées".
F.Bennett--AMWN