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Après le revers électoral de Milei, contrecoup sur les marchés, appel à l'autocritique
Le peso et les actions argentines ont accusé le coup lundi du net revers du parti du président ultralibéral Javier Milei lors d'élections provinciales en Argentine la veille, signe d'un désenchantement qui a valu dans le camp gouvernemental un appel à "l'autocritique".
Dimanche, l'opposition péroniste (centre-gauche) s'est largement imposée dans l'importante province de Buenos Aires -qui compte plus d'un tiers de l'électorat- avec un écart inattendu: 47% des voix contre 33% aux candidats de La Libertad Avanza, le parti du président Milei qui a reconnu une "claire défaite".
Ce revers, envoyant le signal d'un gouvernement sur la défensive, s'est traduit lundi par une chute des actions argentines cotées à Wall Street, avec des reculs atteignant 15% pour certaines, la Bourse de Buenos Aires clôturant pour sa part en baisse de 13%.
Sur le marché des changes, le peso argentin a plongé face au dollar dans un contexte de forte volatilité et de méfiance des investisseurs, avant de se reprendre légèrement en fin de journée. A 1.425 pesos pour un dollar, il a perdu 3,2% de sa valeur par rapport à vendredi.
La populeuse province de Buenos Aires étant un bastion traditionnel de l'opposition, une victoire de Javier Milei y aurait tenu de l'exploit. Pourtant par sa taille, le scrutin de dimanche était perçu comme un test, ou une prise de température, en vue des législatives nationales de mi-mandat le 26 octobre.
S'y renouvelleront un tiers du Sénat et la moitié des députés, un scrutin-clef pour M. Milei qui depuis décembre 2023 gouverne avec une minorité législative, et a vu plusieurs de ses réformes frustrées par un Parlement retors. Encore récemment, lorsqu'il a annulé un veto présidentiel sur une loi de financement accru du handicap.
- Charme rompu ? -
Le président "anarcho-capitaliste", comme il se décrit, a lancé dimanche soir avec défi qu'il n'y aura "pas de retour en arrière d'un millimètre dans la politique du gouvernement" et sa volonté de dérégulation, mais au contraire un cap "approfondi" et "accéléré".
Pourtant le chef de cabinet des ministres -poste-clef à mi-chemin entre Premier ministre et chef de cabinet- Guillermo Francos, a estimé qu'il était "temps de faire des autocritiques, d'analyser nos échecs et de comprendre pourquoi les résultats macroéconomiques n'atteignent pas la population".
"On reste convaincu que l'équilibre budgétaire est la base de la croissance économique, mais il est vrai aussi que le passage de la macroéconomie à la microéconomie est très important pour les gens qui attendent des résultats concrets", a concédé M. Francos sur Radio Mitre, dans un ton distinct du chef de l'Etat.
Car l'indéniable succès du gouvernement Milei contre l'inflation, jugulée à 17,3% sur sept mois depuis janvier (contre 87% sur la même période en 2024), tarde à percoler dans la population, qui perçoit surtout l'austérité budgétaire de la "tronçonneuse" dans la santé, l'université, les retraites, et l'impact de la récession (-1,8 en 2024) sur la consommation et l'emploi.
"Les gens se disent: OK, on a fait tous les ajustements (budgétaires) pour atteindre la stabilité, contrôler l'inflation, mais ça y est, l'inflation est sous contrôle. Maintenant, quand va commencer à s'améliorer mon revenu ? Quand vont se créer des emplois ? Se lancer des entreprises ?", analyse pour l'AFP le politologue Raul Timerman, du cabinet Grupo de Opinion Publica.
En outre, Javier Milei qui avait été élu, outre l'économie, sur "l'argument d'en finir avec la +caste politique corrompue+", apparait aujourd'hui comme "celui qui protège sa sœur Karina", la secrétaire générale de la présidence, récemment éclaboussée par un scandale de pots-de-vin présumés -même si elle n'a à ce jour pas été entendue ni inculpée.
"Le charme est rompu", résume Raul Timerman.
Réunissant par deux fois son cabinet lundi, Javier Milei n'a pas annoncé de changement d'équipe, mais la création "d'une table ronde de dialogue avec les gouverneurs" des provinces fédérales, notoirement retors, a communiqué en fin de journée le porte-parole présidentiel Manuel Adorni. Suggérant que c'est par des alliances politiques ad hoc, davantage qu'un changement de cap, que le président ultralibéral entend avancer.
X.Karnes--AMWN