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Lecornu retire la suppression de deux jours fériés et tend la main à la gauche
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé samedi le retrait de la proposition très critiquée et impopulaire de suppression de deux jours fériés prévue par son prédécesseur François Bayrou, tout en tendant la main à la gauche pour sortir de l'impasse budgétaire.
"J'ai décidé de retirer la suppression de deux jours fériés", a déclaré le nouveau chef de gouvernement, dans son premier entretien accordé à la presse quotidienne régionale, publié après un déplacement à Mâcon.
Quatre jours à peine après sa nomination, le nouveau et jeune (39 ans) Premier ministre, qui avait promis une "rupture" en arrivant à Matignon, a assuré aux quotidiens régionaux qu'il misait sur "le dialogue avec les partenaires sociaux" pour trouver "d'autres sources de financement" que l'abandon de deux jours fériés qui, selon François Bayrou, devait rapporter 4,2 milliards d'euros dans le budget 2026.
Sébastien Lecornu a également coupé court aux spéculations sur une réouverture du conclave entre syndicats et patronats sur les retraites. Il n'en a pas l'intention.
Pour faire passer le budget à l'Assemblée nationale, c'est clairement vers la gauche qu'il se tourne. "Je veux une discussion parlementaire moderne et franche, de très bon niveau avec le PS, Les Ecologistes et le Parti communiste", a-t-il souhaité, en saluant une "gauche républicaine" qui "doit s'émanciper de La France insoumise".
"Ce sera difficile mais nécessaire pour donner un budget au pays", a-t-il ajouté.
La tonalité est très différente lorsque le Premier ministre évoque le Rassemblement national. "Si vous me demandez s'il faut passer un accord politique avec le RN, la réponse est évidemment non. En revanche, refuser de discuter à l'Assemblée avec des députés élus par un tiers des Français, ça n'aurait aucun sens", a-t-il expliqué.
Sébastien Lecornu cherche ainsi à convaincre aussi l'opinion, autant que les forces politiques, du bien-fondé de sa méthode: trouver des terrains d'entente, en particulier sur le budget, permettant de gouverner sans majorité parlementaire.
- 49.3: "un échec pour tous" -
Interrogé sur l'éventuelle mise en place d'une taxe sur les très hauts patrimoines dite "Zucman" (du nom de l'économiste Gabriel Zucman), comme le demande la gauche, il s'est dit prêt à travailler sur des "questions de justice fiscale", tout en appelant à faire "attention au patrimoine professionnel, car c'est ce qui permet de créer des emplois et de la croissance".
Le président du Medef Patrick Martin a prévenu qu'une "grande mobilisation patronale" serait organisée si les impôts des entreprises étaient augmentés. Pour lui, la taxe Zucman s'apparente dans certains cas à "une spoliation".
Sébastien Lecornu reste également très prudent sur une autre demande du PS, le renoncement à l'article 49.3. Il préfèrerait ne pas l'utiliser mais ne veut pas se démunir d'emblée de cet outil constitutionnel pour faire adopter le budget.
"Si c’était le cas, ce ne serait pas uniquement l'échec du gouvernement, ce serait un échec pour tous, mais la France doit avoir un budget", a-t-il expliqué.
Au chapitre des ruptures, le Premier ministre a également annoncé l'ouverture "dès la semaine prochaine" de consultations en vue d'"un grand acte de décentralisation, de clarification et de liberté locale".
"Il faut que l'on définisse ce qu'on attend de l’Etat, au moment où les attentes seront de plus en plus fortes notamment sur le régalien", a-t-il noté, n'écartant pas la fusion ou la fermeture d'agences gouvernementales.
A la Fête de l'Humanité, le coordinateur de LFI Manuel Bompard a réagi aux premières annonces du Premier ministre en estimant qu'il "va falloir davantage pour répondre à la colère et à l'exaspération des Français". La secrétaire générale de la CGT a de son côté vu la non-suppression des jours fériés comme "une première victoire".
Dans cette délicate discussion budgétaire, Sébastien Lecornu doit faire des concessions aux socialistes, pour éviter qu'ils ne censurent son gouvernement, sans s'aliéner ses alliés du parti de droite Les Républicains (LR).
En commentant la dégradation vendredi soir de la note de la dette française par l'agence américaine Fitch, le ministre démissionnaire de l'Intérieur et président de LR Bruno Retailleau lui a adressé un avertissement à peine voilé. Il a certes mis en cause "des décennies d'errance budgétaire", mais également rejeté les propositions socialistes qui ne feront que "tout aggraver".
Elu local de l'Eure, où il a été maire, président de département et sénateur, venu de la droite, Sébastien Lecornu est un des plus proches soutiens d'Emmanuel Macron, qu'il avait rejoint dès 2017. Avant son arrivée à Matignon, il était depuis 2022 ministre des Armées.
"Cette loyauté avec le président de la République m'offre précisément la liberté d'adapter l'action gouvernementale aux circonstances", a-t-il relevé dans l'entretien publié samedi.
X.Karnes--AMWN