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Lecornu reçoit le PS et le RN, clefs de sa survie
Sébastien Lecornu convaincra-t-il les socialistes de ne pas le censurer ? Le Premier ministre les reçoit vendredi matin, ainsi que le Rassemblement national, pour un rendez-vous de la dernière chance, au lendemain d'une mobilisation syndicale qui s'est essoufflée.
"C'est le D-Day", glisse un proche du président Emmanuel Macron, qui avait demandé à son Premier ministre de "travailler" avec les socialistes dans le but d'obtenir leur bienveillance pour faire passer le budget. Sans succès jusqu'à présent.
Si le nouveau locataire de Matignon ne parvenait pas à les dissuader d'une censure, promise déjà par tous les autres partis de gauche, son sort se retrouverait entre les mains de l'extrême droite. Le RN détient le plus gros groupe à l'Assemblée nationale, où Sébastien Lecornu, comme ses prédécesseurs, reste privé de majorité.
Le Premier ministre reçoit à 09H00 Marine Le Pen, la cheffe de file des députés RN, sans Jordan Bardella, puis à 10H30 Olivier Faure, premier secrétaire du PS, avant Les Ecologistes et le PCF. LFI a de son côté toujours refusé de le rencontrer.
Jeudi, les responsables socialistes ont battu le pavé avec les syndicats pour tenter de peser sur le budget, en réclamant une nouvelle fois davantage de "justice sociale". Mais les défilés étaient plus clairsemés que ceux du 18 septembre, altérant le rapport de force qu'ils souhaitent instaurer.
- "En deçà" -
Pendant cette journée de mobilisation, Sébastien Lecornu a suggéré de nouvelles mesures en faveur des salariés (défiscalisation et allègement des charges sociales sur les heures supplémentaires, rétablissement de certaines dispositions de la prime Macron...).
Dans un courrier aux syndicats rendu public mercredi, il a aussi promis de reprendre une disposition pour les femmes issues du conclave sur les retraites.
Mais il a écarté leurs principales revendications: la taxe Zucman sur les hauts patrimoines, le rétablissement de l'Impôt sur la fortune (ISF) ou la suspension de la réforme des retraites.
Au final, "c'est très en deçà de ce que nous attendons", a réagi le patron du PS Olivier Faure, même s'il souhaite encore "donner sa chance" au Premier ministre vendredi.
Echaudés par l'échec du conclave sur les retraites, après que son lancement avait permis à l'ex-Premier ministre François Bayrou d'obtenir la neutralité du PS, les socialistes attendent cette fois un "changement majeur d'orientation" du futur gouvernement.
Sébastien Lecornu, un proche d'Emmanuel Macron, ne veut pas non plus perdre la droite dans sa fragile coalition gouvernementale.
- "Dégagisme" -
Il a reçu jeudi le patron des Républicains et ministre démissionnaire de l'Intérieur Bruno Retailleau, juste après la FNSEA, premier syndicat agricole.
"A ce stade, la participation de la droite au gouvernement n'est pas acquise du tout", a prévenu le président de LR juste après ce rendez-vous alors que Sébastien Lecornu est en train de finaliser son équipe.
Si le compromis n'est pas possible avec les socialistes, le Premier ministre se tournera-t-il vers le RN comme Michel Barnier à la fin de l'année dernière ?
"C'est un parti populiste qui veut le désordre", estime un ancien ministre macroniste qui ne croit pas à l'indulgence du RN, parti grâce auquel son camp a tout de même ravi jeudi la tête de quasiment toutes les commissions de l'Assemblée nationale, dont deux à la gauche, grande perdante de la bataille des postes-clés qui s'est jouée sur deux jours au Palais Bourbon.
A l'Elysée, on considère que le RN se range désormais comme LFI du côté du "dégagisme" et qu'il est hors de question de rechercher des accords avec lui, selon un proche du président.
Le parti d'extrême droite reste flou sur ses intentions, et a indiqué qu'il ne prendra position qu'après la déclaration de politique générale que Sébastien Lecornu prononcera lundi ou mardi.
Le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a soufflé le chaud et le froid, affirmant que son parti ne censurerait pas le gouvernement s'il y a dans son budget des baisses d'impôts et de dépenses.
A.Malone--AMWN