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Entre show rock et meeting électoral, Milei lance un livre sur son "miracle", pourtant fragile
Du rock, de l'autocélébration, une hargne retrouvée: en un show-marathon, le président argentin Javier Milei a lancé lundi son dernier livre, sur son "miracle" économique, à l'approche de législatives incertaines, et sur fond d'une économie obstinément fragile, en attente d'aide américaine.
Mi-concert, mi-meeting électoral, le show a rassemblé près de 15.000 personnes, beaucoup vêtues du violet du parti libertarien "La Libertad Avanza" (LLA) dans une salle de Buenos Aires, où Javier Milei avait clos sa campagne présidentielle victorieuse en 2023.
Au son d'un tube hard-rock argentin qui commence par les paroles "Bonjour à tous, je suis le lion!", Javier Milei, de cuir noir vêtu, a fendu la foule, majoritairement jeune, jusqu'à la scène.
Il a ensuite entonné -éructé plutôt-, aux anges, quelques chansons avec "Le Groupe présidentiel" de musiciens amateurs qui compte deux amis députés.
"Libertad, Libertad !" scandait la foule, tandis que M. Milei l'invitait à tancer Cristina Kirchner, l'ex-présidente péroniste aujourd'hui en prison à domicile.
Après quoi, un "débat" mené par le porte-parole présidentiel, a permis à Javier Milei de disserter sur son livre et son action depuis 2023. Avec, au passage, des hommages à Donald Trump et Charlie Kirk.
Mais depuis 2023, beaucoup a changé pour l'ultralibéral Milei dont le succès contre l'inflation -jugulée de plus de 200% en interannuel à 33%- s'est fait au prix d'une austérité drastique, de dizaines de milliers d'emplois perdus, et d'une économie, d'un pouvoir d'achat, qui peinent à redémarrer.
- "Etudié dans les universités du monde" -
Le doute a gagné les marchés financiers, a fortiori depuis la gifle électorale reçue par LLA lors d'un scrutin régional début septembre.
Une monnaie, le peso, attaquée, des doutes sur les réserves de la Banque centrale, et le Trésor américain de l'allié idéologique Donald Trump a dû voler au secours, se disant "prêt à faire le nécessaire" en soutien financier de l'Argentine.
L'opposition "a gagné un round, mais pas la bataille", a lancé lundi Javier Milei, en référence aux législatives de mi-mandat, le 26 octobre, qui renouvelleront partie du Sénat et des députés. Et décideront de sa marge de gouvernabilité jusqu'à la présidentielle de 2027.
Au scrutin, "on doit décider si on en finit avec une décadence de 100 ans", lançait à l'AFP Leonardo Saade, employé de 37 ans, venu d'Entre Rios, à quelque 400 km. Fier qu'avec Milei, "le miracle économique argentin soit étudié dans les universités du monde".
"La construction du miracle: le cas argentin", 14e livre de Javier Milei, arbore en couverture une photo de l'économiste-président, posant avec en mains une tronçonneuse. Sur la lame, une de ses incantations fétiches: "Las fuerzas del cielo" (Les forces du ciel).
Le livre de 573 pages est pour l'essentiel une compilation de ses discours, principalement de 2024, et reproduit à l'identique -tout en l'assumant- des chapitres entiers déjà présents dans son livre de 2024, "Capitalisme, socialisme, et le piège néo-classique".
Il dresse "un portrait fidèle de l'image que lui renvoyait son miroir", a persiflé le quotidien La Nacion: "l'homme d'une mission impossible, dont la volonté ne connaît pas de limite, et qui attribue une dimension divine à ses actions".
- "Dans un autre pays" -
Du moins jusqu'à il y a peu. Outre son revers électoral, Javier Milei a vu ces derniers mois un Parlement rétif rejeter ses vetos a des projets de loi, et plusieurs proches -dont sa sœur Karina-, égratignés par des scandales de corruption présumée.
Le week-end dernier, un député proche, Jose Luis Espert, a dû renoncer à être tête de liste aux législatives, après sa mise en cause pour avoir reçu de l'argent, il y cinq ans, d'un entrepreneur depuis poursuivi pour liens avec le narcotrafic.
Peu avant le meeting, la police, déployée en masse, a dû s'interposer lundi entre des partisans de Milei, et une petite manifestation d'opposants de gauche, qui ont échangé chants, slogans, insultes, et quelques coups. Au moins deux personnes ont été interpellées, a constaté l'AFP.
"Cet homme vit dans un autre pays, il n'a aucune idée de la faim que le peuple connait", disait de Javier Milei à l'AFP, Liliana Castelnovo, retraitée de 73 ans, soignée pour cancer, assurant qu'elle n'a pas les moyens de payer ses médicaments.
D.Kaufman--AMWN