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Soupçons d'emploi fictif au Canard enchaîné: relaxe pour deux ex-dirigeants, un ancien dessinateur et sa compagne
Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé vendredi deux ex-dirigeants du Canard enchaîné, un ancien dessinateur et sa compagne qui étaient jugés pour des soupçons d'emploi fictif dans l'hebdomadaire satirique.
La justice a considéré que les déclarations faites au cours de l'enquête et pendant le procès ne permettaient pas de caractériser le fait que la rémunération d'Edith Vandendaele, compagne du dessinateur André Escaro, et dont l'emploi était au cœur de l'affaire, "serait dénuée de toute contrepartie" et donc "contraire à l'intérêt social" de la société éditrice du Canard enchaîné.
"Une chose et son contraire ont été soutenus à l'audience", et "ces déclarations laissent toute liberté à l'interprétation", a expliqué la présidente en lisant le jugement.
Les quatre prévenus - Edith Vandendaele, André Escaro, Michel Gaillard qui fut président du Canard de 1992 à juillet 2023, et Nicolas Brimo, qui lui a succédé - ont donc été relaxés d'abus de biens sociaux ou recel de ce délit, déclaration frauduleuse pour obtenir une carte de presse, faux et usage de faux et déclaration frauduleuse à un organisme social.
"Il y a un biais dans le raisonnement qui doit être dénoncé", a déclaré à l'AFP Me Pierre-Olivier Lambert, avocat avec Me Maria Cornaz-Bassoli du journaliste Christophe Nobili, à l'origine de l'affaire, et de six autres actionnaires minoritaires qui se sont constitués partie civile. "Le dossier doit se poursuivre en cour d'appel", a-t-il estimé.
"Ce jugement met un terme à trois années d'accusations incessantes et mensongères", a au contraire souligné Me Jérémie Assous, l'un des avocats de la défense. "Le désaveu est cinglant et total. Cette décision rappelle que la justice se rend dans les tribunaux et non sur les plateaux de télévision ou autres médias", a-t-il ajouté.
Le procès s'était tenu en juillet, dans cette affaire qui avait éclaté après les révélations de Christophe Nobili sur l'emploi d'Edith Vandendaele, rémunérée comme journaliste pendant 25 ans par le journal qui a révélé l'emploi fictif de Penelope Fillon.
Or, selon les investigations, personne ne l'a jamais vue à la rédaction. Le tribunal a considéré que cela n'était "pas déterminant", l'activité de dessin de presse n'imposant pas les mêmes contraintes de présence dans les locaux que celles d'un rédacteur ou d'un secrétaire de rédaction.
- "Oeuvre collective" -
Pendant le procès, Michel Gaillard et Nicolas Brimo - seuls à être présents, le couple étant absent en raison de l'état de santé de M. Escaro, 97 ans - ont expliqué que Mme Vandendaele assistait son compagnon pour qu'il réalise après son départ à la retraite en 1996, depuis sa résidence dans la Drôme, les "cabochons", de petits dessins humoristiques d'actualité, pour lesquels il n'était lui-même plus rémunéré.
Pour cela, elle se tenait au courant de l'actualité et lui soufflait des idées. C'était elle aussi qui envoyait toutes les semaines les dessins à la rédaction, par fax ou par courriel.
Contre les quatre prévenus, le parquet avait requis un an de prison avec sursis et des amendes allant de 100.000 à 150.000 euros. "Une présence morale n'est pas une présence professionnelle", avait estimé à l'audience un des deux représentants du ministère public.
Mais pour le tribunal, "l'activité relative aux cabochons revêt une dimension matérielle et immatérielle" et est "susceptible de correspondre à la définition d'une oeuvre collective ou collaborative".
Lors du procès, les dissensions au sein du Palmipède ont été étalées au grand jour, deux clans s'affrontant et se constituant partie civile: d'un côté, Christophe Nobili et les six autres actionnaires minoritaires du journal, dont le rédacteur en chef historique Claude Angeli, qui réclamaient le remboursement du préjudice, évalué par les enquêteurs à près de 1,5 million d'euros; de l'autre, la direction actuelle du Canard enchaîné, qui reprochait aux premiers d'avoir sali la réputation du titre.
D.Moore--AMWN