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"Etre les géants" de la transformation du cacao, l'ambition de deux jumeaux ivoiriens
Dans leur usine où d'impressionnantes machines bourdonnent pour fabriquer tablettes de chocolat et pâtes à tartiner, les jumeaux ivoiriens Diakité ambitionnent de devenir des "géants de la transformation du cacao".
La Côte d'Ivoire, où se tient l'élection présidentielle samedi, est le premier producteur mondial de cette denrée, mais n'en transforme localement qu'à peine 40%, le reste étant exporté.
Fousseni et Alahassane Diakité, 33 ans, ont ouvert en août cette usine dans leur ville de naissance, Divo. A quelque 200 km d'Abidjan, elle est située dans une région qui vit en grande partie du cacao.
Les fèves, entreposées dans des sacs en toile de jute, y sont torréfiées pour en faire ressortir l'arôme, égrainées puis broyées, dans différentes salles où l'odeur du chocolat est enivrante.
L'usine a pour l'instant une capacité de transformation de 36.000 tonnes, avec un objectif fixé à 80.000. En comparaison, l'Américain Cargill, le Suisse Barry Callebaut ou le Singapourien Olam transforment chacun entre 100.000 et 200.000 tonnes de cacao par an en Côte d'Ivoire.
La valeur ajoutée des jumeaux: "la qualité de nos produits, de nos services" et leur histoire, selon eux.
Fils de producteur, "nous sommes les purs produits du cacao ivoirien", revendique Fousseni, affirmant qu'ils réalisent aujourd'hui leur "rêve".
"On était sûrs que ce qu'on allait faire, ce n'était pas seulement pour nous, mais pour inspirer aussi d'autres générations", exprime-t-il.
- Prix compétitifs -
Quelques années après leur bac, ils créent une union de coopératives qui regroupe plus de 4.000 producteurs.
Ils fondent ensuite une première entreprise, pour créer à partir des morceaux non comestibles d'une cabosse des produits destinés aux industries pharmaceutiques et cosmétiques, comme le beurre de cacao.
Puis naît une deuxième société pour transformer cette fois du cacao afin de fabriquer des produits alimentaires.
Parallèlement, Alahassane a obtenu une licence en management et stratégie des entreprises à Abidjan, et se forme actuellement à HEC Paris. Fousseni, lui, suit des formations pratiques en agro-foresterie et en agronomie. "On se complète", aime à dire le premier.
Si leurs matières cosmétiques sont exportées "là où il y a la demande", disent-ils, leur chocolat à déguster est vendu en Côte d'Ivoire, à des prix qu'ils veulent compétitifs.
Dans les commerces, la plupart des tablettes, souvent de marques européennes, coûtent entre 2.500 et 4.000 francs CFA, soit entre 3,8 et 6 euros, quand celle des frères Diakité revient à 1.200 francs (1,8 euro). Leur petit pot de pâte à tartiner est lui vendu au prix imbattable de 100 francs, soit 15 centimes d'euros.
Et à l'heure où la demande de produits éthiques est de plus en plus forte, "toutes nos productions sont tracées", assure Alahassane Diakité, quand son frère précise que les machines de l'usine tournent grâce à des énergies renouvelables.
- Créer de l'emploi -
Les travailleurs du cacao représentent 5 millions d'emplois en Côte d'Ivoire soit un sixième de la population, dans un pays où le prix du cacao payé aux planteurs est fixé par l'Etat, actuellement à un niveau record de 2.800 francs le kilo (4,26 euros).
A quelques kilomètres de Divo, dans une plantation ombragée tapissée par les feuilles des cacaoyers, Kanga Prudence N'Guessan taille à la machette quelques cabosses jaunes.
"Notre souhait, nous les producteurs, c'est de ne pas envoyer notre cacao en dehors de notre pays, chez les Occidentaux par exemple" car "quand la transformation est faite là-bas, ça revient deux ou trois fois plus cher", regrette-t-il.
"Moi-même, j'aime le chocolat", dit-il, même si sa consommation n'est pas encore rentrée dans les habitudes des Ivoiriens.
Dans une autre exploitation, Harouna Ouattara, planteur de 49 ans, partage le même point de vue. "La transformation locale est insuffisante", affirme-t-il.
"Le premier obstacle à la transformation du cacao, c'est le problème du financement", explique Fousseni Diakité. L'usine a coûté près de 50 millions d'euros, indiquent les entrepreneurs qui ne souhaitent pas préciser l'origine des fonds.
Le deuxième obstacle est celui de la main d'oeuvre qualifiée.
Les jumeaux assurent toutefois que leur usine a permis la création de 1.000 emplois directs et indirects, confiés majoritairement à des habitants de la région.
Les métiers techniques sont occupés par des jeunes formés dans les grandes villes.
Salimata Ouattara, chimiste de 35 ans, a étudié à San Pedro (sud). Dans sa blouse blanche, entre deux analyses, elle dit vouloir "aider la jeunesse d'ici qui n'a pas une grande connaissance en matière d'industrialisation".
C.Garcia--AMWN