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Faute de touristes, les hôtels de luxe de Dubaï cassent les prix pour les locaux
Villas sur pilotis, piscines à débordement et plages privées à prix cassés: faute de touristes, des hôtels de Dubaï se tournent vers une clientèle locale, qui s'offre un luxe devenu accessible en pleine guerre au Moyen-Orient.
Sur l'île artificielle Palm Jumeirah, symbole de l'opulence de l'émirat du Golfe, les vastes halls d'accueil des établissements cinq étoiles retrouvent un peu d'animation en fin de semaine et les jours fériés, grâce à l'afflux d'habitants des Emirats arabes unis. Ces clients, Emiratis et expatriés - environ 90% de la population est composée d'étrangers -, ont été appâtés par les promotions inédites.
"Je n’avais jamais dormi dans un hôtel à Palm, parce que les prix étaient exorbitants", raconte Fadi Iskandarani, un médecin libanais installé à Dubaï depuis cinq ans, qui vient de passer un week-end avec sa compagne dans l'un des nombreux complexes balnéaires de l'île en forme de palmier.
L'ambiance n'était certes pas celle des grands jours, avec plusieurs étages fermés, faute de clients. Mais grâce à un tarif réservé aux résidents, quatre fois inférieur au prix habituel, "le luxe à Dubaï est devenu abordable", se réjouit-il.
- Bouffée d'oxygène -
Avec 19,5 millions de touristes en 2025, Dubaï s'est imposée comme l'une des principales destinations de la région. Ses 827 hôtels - dont 173 classés cinq étoiles - affichaient alors un taux d'occupation moyen de plus de 80%.
Mais la guerre déclenchée le 28 février par Israël et les Etats-Unis contre l'Iran, et qui s'est étendue dans le Golfe, a ébranlé son image de stabilité.
Depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril, certains touristes sont revenus, mais le mouvement reste limité, affirme Michael Robinson, directeur de l'hôtel Anantara The Palm, autre établissement de l'île.
Avec ses villas sur pilotis, ses lagons artificiels et son décor inspiré de la Thaïlande, l'hôtel fait lui aussi le plein d'habitants locaux, en leur proposant des réductions qui peuvent aller jusqu'à 50%.
"Les week-ends, surtout le samedi soir, nous dépassons généralement les 90% d'occupation", se félicite M.Robinson. Du lundi au jeudi, le taux retombe à 20 ou 30%.
Cette nouvelle clientèle constitue une bouffée d'oxygène pour les hôtels, même si elle apporte aussi son lot de défis logistiques, notamment en matière de stationnement, les résidents arrivant majoritairement en voiture. Mais elle ne comble pas totalement le vide.
"La grande différence, c'est la durée des séjours", souligne-t-il. "Les clients locaux viennent pour une ou deux nuits (...) alors que les touristes internationaux restaient une semaine, dix jours, parfois deux semaines".
Pour l'heure, grâce aux "staycations" (séjours locaux), l'Anantara The Palm assure rester bénéficiaire sans avoir procédé à des licenciements.
- "Moins de staycations" -
Mais combien de temps ce modèle peut-il tenir? "Si la situation se prolonge en juillet, lorsque les vacances scolaires commenceront et que de nombreuses familles quitteront Dubaï pour l'été, il y aura moins de demande pour les staycations", reconnaît M.Robinson.
Certains hôtels ont choisi de profiter de la baisse d'activité pour fermer temporairement et lancer des travaux de rénovation, à l'image de l'emblématique palace Burj Al Arab. D'autres ont coupé dans les effectifs ou les salaires, notamment les établissements du centre-ville, plus dépendants du tourisme d'affaires.
Un employé de l'un de ces établissements, qui a interdiction de parler publiquement, a affirmé à l'AFP que son salaire avait été réduit de 40%.
Un autre, salarié dans un hôtel de luxe dans l'émirat voisin d'Abou Dhabi, a été prié de prendre un congé sans solde de deux mois, avant d'être appelé récemment à revenir.
Michael Robinson, lui, veut croire à un rebond rapide.
"S'il y a une forme d'accord dans les prochaines semaines, je pense que les touristes reviendront plus vite qu'on ne l'imagine", veut-il croire.
saa-aya/apz/mdh
F.Schneider--AMWN