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Sur le toit du monde il y a deux semaines, Infantino désormais fragilisé comme jamais
Il y a deux semaines, Gianni Infantino était sur le toit du monde, porté par le succès global de la Coupe du monde nord-américaine. Après l'échec de son projet de réforme de la Fifa, le patron du foot mondial semble aujourd'hui fragilisé comme jamais.
Illustration de l'impression de puissance qu'il dégageait encore le 19 juillet à l'issue de la finale du Mondial, l'Italo-Suisse avait couru pour tenter d'obliger Donald Trump, qui s'attardait sur le podium, à ne pas voler la vedette aux Espagnols champions du monde.
Imperméable aux critiques pendant ce tournoi hors norme, Infantino semblait intouchable, prêt à poursuivre son règne sans opposition après ce qu'il considère comme "la meilleure Coupe du monde de l'histoire". La plus rentable, aussi, avec près de 15 milliards de dollars de revenus générés, 6,6 millions de spectateurs dans les stades et des records d'audiences télévisées.
Deux semaines ont passé, et l'ex-secrétaire général de l'UEFA, arrivé à la tête de la Fifa en 2016, est aujourd'hui dans les cordes, lâché par ses plus proches collaborateurs et contraint de renoncer à son projet d'ouvrir les Coupes du monde aux investisseurs privés, une ligne rouge pour une grande partie des acteurs du football mondial.
Il n'a fallu que quelques jours depuis l'annonce mardi de ce projet qui a fait un tollé, pour que l'Italo-Suisse chute du piédestal qu'il avait mis 10 ans à gravir.
- Péché d'orgueil -
"Je ne pense pas que nous ayons jamais assisté à une chute aussi rapide d'un dirigeant sportif", a déclaré à l'AFP Michael Payne, ancien responsable du marketing au Comité international olympique.
"Il y a une semaine encore, Infantino était au sommet de sa gloire. Aujourd’hui, on se demande même s'il verra la fin du mois. Comment en est-il arrivé là ? Quel orgueil démesuré !", poursuit-il.
Avant cet épisode, Infantino avait toujours crânement fait front face aux critiques, qu'elles aient porté sur l'organisation des coupes du monde en Russie ou au Qatar, sur l'attribution du Mondial-2034 à l'Arabie saoudite, l'élargissement de 32 à 48 équipes, la création d'un nouveau Mondial des clubs, sur sa proximité avec Trump, sur l'affaire Balogun, l'instauration de "pauses fraîcheurs" transformées en espaces publicitaires...
Même son projet de nouvel élargissement du Mondial à 64 équipes, loin de faire l'unanimité, semblait en bonne voie d'être adopté à une large majorité: Infantino comptait encore sur le soutien de plus de 200 pays membres (sur 211) à la fin du Mondial, selon le quotidien anglais The Guardian.
Toujours selon la presse britannique, les Européens réunis au sein de l'UEFA et plusieurs membres de la Concacaf, qui regroupe les fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, envisagent aujourd'hui de retirer leur soutien au dirigeant de 56 ans pour le pousser à une démission ou l'exposer à une motion de censure.
- "Leadership radioactif" -
Pour Terrence Burns, ancien responsable de la stratégie marketing dans deux dossiers de candidature à l'organisation de la Coupe du monde, la position d'Infantino est "précaire", mais pas irrémédiable, même si un adversaire venait à se présenter aux prochaines élections, prévues en 2027.
L'UEFA, qui regroupe 55 fédérations, a eu recours selon lui à "l'option nucléaire" en brandissant la menace d'un boycott "unanime" de la Coupe du monde. Mais les confédérations, rappelle-t-il, "ne votent pas en bloc" et chaque membre conserve sa propre voix.
Dans ce contexte, c'est l'Afrique et l'Océanie, moins critiques envers la gouvernance d'Infantino - et dont plusieurs fédérations voyaient d'un bon oeil ses promesses d'augmentation des ressources consacrées au développement du football -, qui pourraient bien "faire pencher la balance", estime Burns?
"Il n'avait pas d'adversaire en 2019 et en 2023, car les candidats sérieux ne se présentent pas contre quelqu'un qui est imbattable. Je pense que ce calcul a changé cette semaine, avant la date limite de dépôt des candidatures fixée au 18 novembre", présente-t-il.
Selon plusieurs médias spécialisés, le vice-président de la Fifa et président de la Concacaf Victor Montagliani pourrait se présenter au scrutin, en comptant sur le soutien des membres de l'UEFA.
Dénonçant la gestion opaque d'Infantino, les deux puissantes confédérations ont toutes deux appelé à une réforme globale et à une "mise à plat complète" de la gouvernance de la Fifa.
"Son leadership est devenu radioactif. S'il reste, cela entraînera une véritable guerre civile dans le monde du football, avec des scissions parmi les grandes nations et des boycotts. C'est fini pour lui", prédit Michael Payne.
F.Schneider--AMWN