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Météo-France: des satellites "nouvelle génération" pour faire entrer les prévisions "dans une nouvelle ère"
Des images plus rapides et précises, de nouveaux capteurs d'éclairs ou d'atmosphère: avec les satellites Méteosat de troisième génération, Météo-France se dote d'un nouvel outil pour améliorer ses prévisions, notamment concernant les phénomènes extrêmes, amenés à se multiplier avec le changement climatique.
Cela faisait 20 ans que ce n'était plus arrivé. Le 13 décembre, un nouveau satellite géostationnaire (MTG), fruit de plus de plus de dix ans de recherche et construit par un consortium européen mené par Thales Alenia Space, doit être lancé par Ariane 5 depuis Kourou avec pour objectif de faire "entrer les prévisions météorologiques dans une nouvelle ère", déclare Susanne Dieterle d'Eumetsat, organisme gérant les satellites météo européens.
90% des données d'observation utilisées par les modèles de prévision de Météo-France proviennent des satellites météorologiques. Les 10% restants sont fournis par d'autres sources, comme les stations au sol.
Stabilisé sur trois axes, et non plus tournant comme son prédécesseur (ce qui occasionnait des temps où la Terre n'était pas visible) lancé en 2002, le MTG fournira des données toutes les 10 minutes, contre 15 précédemment, avec une meilleure résolution.
Il sera accompagné dans quelques mois d'un autre satellite inédit, avec un sondeur capable de retranscrire la composition de l'atmosphère (température, humidité ...) et un capteur d'éclairs. Le but? Analyser les phénomènes convectifs, ces mouvements de l'atmosphère à l'origine des orages et tempêtes. Mais aussi les feux de forêts, le brouillard ou les particules polluantes, la qualité de l'air n'étant actuellement analysée qu'à partir d'outils partant du sol (ballons, sondes...).
- Petite révolution -
En 2025 suivra un satellite jumeau (MTG-I2), qui se concentrera sur l'Europe à raison d'un scan toutes les deux minutes trente. Trois autres satellites semblables, en cours de construction, doivent leur succéder. Soit six engins pour un montant total de 4,3 milliards d'euros.
En France, ce sera le centre de météorologie spatiale (CMS) de Météo France de Lannion, crée en 1963, qui recevra en temps réel les données brutes de ces satellites. Avec pour mission de les convertir en images puis en cartes fixes ou animées à destination des prévisionnistes.
Sylvain Le Moal, un des responsables du CMS, s'attend à vivre une petite révolution. "Aujourd'hui on reçoit 330 gigaoctets de données brutes par jour. Avec la nouvelle génération, ça va être multiplié par 50", souligne-t-il.
"L'observation constitue la première étape de la prévision. Plus on a de données, et là ce sont des millions en plus auxquelles on aura accès, meilleures seront les prévisions", explique M. Le Moal, soulignant que depuis le premier satellite météo en 1960, "on gagne en moyenne un jour de prévision fiable tous les 10 ans".
- Gagner du temps -
Les nouveaux instruments "vont vraiment changer la donne", estime Kenneth Holmlund, un des patrons de l'Organisation météorologique mondiale.
Ils permettront une "visualisation plus précise de certains types de nuages plus fins, comme ceux se formant à l'arrière des avions, qui peuvent influencer le réchauffement climatique et dont on ne sait pas grand chose aujourd'hui", note M. Le Moal.
"On aura également davantage d'informations sur les températures de surfaces de la mer, ce qui permettra de mieux voir des phénomènes comme les remontées d'eau froide à l'origine des orages", ajoute-t-il, ajoutant que "sonder l'atmosphère permettra à terme de mieux comprendre les phénomènes dangereux".
De quoi mieux les anticiper ?
Pour Bertrand Denis de chez Thales, cela ne fait aucun doute: le temps d'alerte sur ce type de phénomènes sera "considérablement réduit".
Pour M. Le Moal, c'est certes "un pas important", mais un satellite "reste un instrument d'observation comme un thermomètre" et n'est qu'un des paramètres pour élaborer une prévision.
Certes, le capteur d'éclairs, avec "ses images toutes les millisecondes, a un énorme intérêt en terme de prévision immédiate, car aujourd'hui, on n'a que les impacts au sol. Donc on va gagner du temps. Mais, tempère-t-il, on restera sur une prévision de risques de survenue. Impossible de savoir où et quand exactement cela va tomber, en raison du caractère fortement instable et explosif de ces événements".
D'autant que pour l'analyse détaillée des précipitations, il faudra attendre la prochaine génération ... dans 20 ans.
A.Jones--AMWN