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France: le gouvernement acte 10 milliards d'euros de coupes budgétaires
Un budget moins vert, mais pas de hausses d'impôts: le gouvernement français a acté jeudi par décret dix milliards d'euros d'économies dans le budget 2024 voté avant Noël, piochant largement dans les programmes "écologie, développement et mobilité durables".
Justifié par une croissance moins vigoureuse attendue en 2024, le décret paru au Journal officiel "annule" au total dix milliards d'euros de dépenses budgétées dans des domaines allant de l'écologie à l'enseignement supérieur en passant par la justice, la défense, la cohésion des territoires et l'aide publique au développement.
Dans les programmes "écologie, développement et mobilité durables", celui intitulé "énergie, climat et après-mines" est raboté d'un milliard d'euros, tandis que le "fonds d'accélération de la transition écologique dans les territoires" perd plus de 400 millions.
Par ailleurs, les catégories "travail et emploi" et "recherche et enseignement supérieur" sont concernés respectivement par 1,1 milliard et 900 millions d'euros de crédits annulés.
L'aide publique au développement est rabotée de 740 millions d'euros, l'aide à l'accès au logement perd 300 millions d'euros, la police nationale 134 millions d'euros et l'administration pénitentiaire quelque 118 millions.
Le gouvernement avait annoncé dimanche ces économies "immédiates" pour respecter son engagement budgétaire, sur fond de crainte d'une rétrogradation de sa notation financière, les agences de notation devant se prononcer au printemps.
- "Courte vue" -
Érigé en septembre au rang de "priorité absolue", le budget alloué à la transition écologique se réduit, avec une révision en baisse de 1 milliard d'euros de l'enveloppe d'aide pour mieux chauffer et mieux isoler les logements MaPrimeRénov.
Évoquée depuis plusieurs mois, la mise en place d'une participation forfaitaire des salariés au compte personnel de formation (CPF) est désormais décidée.
Il s'agit, selon le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, de faire preuve de "responsabilité", alors que le gouvernement exclut catégoriquement toute hausse d'impôts pour redresser des finances publiques mal en point.
Objectif: tenir le déficit public à 4,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2024, face à une prévision de croissance abaissée à 1%, contre 1,4% auparavant, dans un contexte de tensions géopolitiques et de ralentissement économique, notablement en Chine et en Allemagne.
L'activité est aussi rattrapée cette année par la hausse des taux d'intérêt décidée par la Banque centrale européenne (BCE) pour contrer l'inflation, mais qui pèse sur les investissements et la demande.
Ces coupes claires ont suscité des réactions indignées dans les rangs de la gauche, dans l'opposition.
Le président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale Éric Coquerel (LFI) a déploré sur X (ex-Twitter) que "tous les secteurs en urgence et soi-disant prioritaires pour l'exécutif sont les plus impactés".
"Cette politique à courte vue dont la priorité reste de préserver l'enrichissement du capital au détriment de l'écologie et du social est une catastrophe", a-t-il affirmé.
Sur X également, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a estimé que "le gouvernement sacrifie l'avenir avec ces coupes drastiques dans les dépenses publiques". Elle propose plutôt de "s'attaquer aux 200 milliards d'aides aux entreprises".
Face aux craintes de suppressions de postes d'enseignants, le ministère de l’Éducation nationale a assuré que "les emplois (enseignants comme administratifs) ne sont pas touchés ni les réformes prioritaires annoncées".
- "Faire plus" -
Ce serrage de vis s'ajoute aux 16 milliards d'économies déjà votées dans le budget 2024, provenant pour l'essentiel de la suppression du bouclier énergétique, soit 26 milliards d'économies par rapport à 2023.
Signe des difficultés budgétaires, une source au ministère français de l’Économie a signalé lundi qu'il serait "probablement difficile de tenir" l'objectif d'un déficit à 4,9% du PIB pour 2023.
L'équilibre sera d'autant plus difficile à trouver que l'exécutif a annoncé en parallèle de nouvelles dépenses pour soutenir les agriculteurs, les hôpitaux ou l'Ukraine.
Les coupes ont ainsi vocation à se poursuivre. Le gouvernement n'a pas exclu un projet de loi de finances rectificative à l'été, et d'ores et déjà prévenu de la nécessité de trouver au moins 12 milliards d'euros d'économies supplémentaires en 2025. "Il est fort probable que nous ayons à faire plus", a prévenu le ministre délégué aux Comptes publics Thomas Cazenave lundi.
M.Fischer--AMWN