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Argent, grands fonds et parcs marins: les enjeux du sommet de Nice
Les dirigeants de la planète se retrouvent à Nice à partir de dimanche pour discuter de "l'urgence" mondiale qui menace les océans. Que faut-il attendre de significatif de cette conférence onusienne?
Les ONG et les petits Etats insulaires espèrent que ce sommet, qui s'ouvre lundi sur la Côte d'Azur, ira au-delà des simples discours sur une série d'enjeux à l'actualité brûlante.
- Aires marines (peu) protégées -
La création de nouvelles aires marines protégées (AMP) devrait être annoncée à Nice par plusieurs gouvernements, ce qui pourrait permettre d'atteindre 10% de protection au niveau mondial (contre 8,36% aujourd'hui), selon le cabinet de la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher.
La communauté internationale s'est fixée un objectif de 30% de protection en 2030 (objectif "30X30"). Mais au rythme actuel, cet objectif ne sera pas atteint avant 2107, selon .
Au-delà de la quantité, la protection doit également être de meilleure qualité, estiment les ONG, car de nombreux pays n'imposent pratiquement aucune règle au sein de leurs parcs marins, autorisant par exemple le chalutage de fond, une pratique de pêche jugée destructrice.
Au niveau mondial, seulement 2,7% de l'océan bénéficie des plus hauts niveaux de protection, un chiffre qui tombe à 0,1% pour les eaux de France métropolitaine.
- Haute Mer -
Un des points-clés pour atteindre l'objectif 30X30 est la ratification du traité sur la Haute Mer, signé par 110 Etats en 2023, qui doit permettre de mieux protéger la vie marine dans les eaux internationales (au-delà de 200 milles marins - 370 km - des côtes).
A ce jour, 32 pays et l'Union européenne l'ont ratifié et d'autres pourraient le faire la semaine prochaine, alors que la France espérait réunir 60 ratifications à Nice pour permettre une entrée en vigueur du traité dès 2026. Paris entend désormais atteindre ce chiffre avant la fin de l'année 2025.
- Exploitation des abysses -
La France devrait profiter du sommet pour tenter de convaincre plus de pays de rejoindre la coalition en faveur d'un moratoire sur l'exploitation des grands fonds marins, qui rassemble actuellement 33 pays seulement.
Un élargissement de cette alliance enverrait un signal au président américain Donald Trump, qui a décidé unilatéralement d'autoriser cette pratique dans les eaux internationales du Pacifique.
Toute annonce sera également surveillée de près à l'approche de la prochaine réunion, en juillet, de l'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui travaille depuis des années sur l'élaboration d'un code minier. Ce texte doit établir les règles d'extraction commerciale de minéraux convoités pour la transition énergétique tout en préservant les fonds marins, classés "biens commun de l'humanité".
- Des actions, pas des mots -
A la clôture du sommet, les nations adopteront la déclaration de Nice, un texte de huit pages négocié depuis des mois, qui appelle à une "action urgente" pour l'océan, mais qui n'est pas juridiquement contraignant.
"Belles paroles", "coquille vide", a critiqué Greenpeace, tandis que l'ambassadeur français pour les océans Olivier Poivre d'Arvor a vanté une déclaration "beaucoup plus ambitieuse" que lors de la dernière conférence sur les océans de Lisbonne (2022).
"La déclaration finale n'est pas vraiment le seul résultat. Il est beaucoup plus important, en fait, que les gouvernements s'engagent et qu'ils viennent ici pour dire ce qu'ils pensent individuellement", tempère Peter Haugan, directeur politique de l'Institut de recherche marine en Norvège.
- L'argent compte -
La protection de l'océan est le "moins bien financé" des 17 objectifs de développement durable de l'Organisation des nations unies (Onu), selon le projet de déclaration de Nice.
Pour combler ce retard, les Etats devront mettre de l'argent sur la table, estime Selon Pauli Merriman, du WWF.
"Ce qui nous manque encore, c'est l'ambition, le financement et la mise en œuvre nécessaires pour combler le fossé... Il ne suffit pas que les gouvernements se présentent à Nice avec de bonnes intentions", a-t-elle déclaré aux journalistes.
Quelque 175 milliards de dollars (153 milliards d'euros) par an sont nécessaires pour atteindre l'objectif de développement durable de l'océan d'ici 2030, selon un rapport du Forum économique mondial de 2022, qui précisait que seulement un peu moins de 10 milliards de dollars au total avaient été investis entre 2015 et 2019.
Ch.Havering--AMWN