-
Bethesda officialise le titre The Elder Scrolls VI dans un premier teaser
-
GTA 6 : le préchargement de 212 Go commencera une semaine avant la sortie
-
Xbox Nano : une petite manette ambitieuse destinée à des usages précis
-
Volkswagen ID.3 Neo : 1 500 kilomètres pour mesurer ses progrès sur autoroute
-
Adobe PDF Spaces ajoute une conversation partagée autour des documents
-
Chery annonce une recharge capable de récupérer 500 kilomètres en cinq minutes
-
Venise reste la grande ville italienne la moins motorisée
-
Une Ferrari V12 longtemps abandonnée s’engage dans une restauration complète
-
Yamaha NMAX E : un scooter électrique conçu pour rivaliser avec les 125 thermiques
-
Renault 5 électrique : l’épreuve de 1 000 kilomètres entre Nice et Paris
-
À 82 ans, un Américain transforme son Mercedes Sprinter en logement permanent
-
La Fiat Grande Panda électrique vise désormais jusqu’à 400 kilomètres
-
Cinéma : les principaux films à découvrir le mercredi 4 novembre
-
L’enseignement catholique défend une école fondée sur la fraternité et la liberté
-
Après la défaite républicaine, Donald Trump salue les démocrates et brandit son veto
-
Présidentielle : Bruno Retailleau pousse Edouard Philippe vers une primaire
-
SNCF : les syndicats demandent un rattrapage salarial face à l’inflation
-
BMW abaisse de nouveau ses objectifs après un troisième trimestre en recul
A Bombay, le plus grand bidonville d'Asie est à vendre
La marque rouge a été peinte au pochoir, juste au-dessus de l'escalier. Comme toutes celles apparues ces derniers mois sur les murs des maisons du quartier de Dharavi, Bipinkumar Padaya le sait bien, elle vaut avis d'expulsion.
"Je suis né ici, mon père est né ici et mon grand-père avant eux", soupire le propriétaire. "Mais je n'ai pas le choix, je vais devoir partir".
D'ici peu, les lames des bulldozers vont commencer à aplatir les ruelles insalubres du plus grand bidonville d'Asie, au cœur de la mégapole indienne de Bombay (ouest), pour laisser la place à un quartier flambant neuf.
Piloté par les autorités locales et le multimilliardaire Gautam Adani, ce plan de rénovation urbaine est à l'image de l'Inde. Démesuré, ambitieux et brutal.
S'il va à son terme, une large part du million de résidents et d'artisans qui s'entassent aujourd'hui dans Dharavi aura vidé les lieux.
"Ils ont dit qu'ils nous donneraient d'abord des logements, puis qu'ils développeraient le quartier", regrette Bipinkumar Padaya, 58 ans. "Mais ils veulent déjà nous virer. Ils nous ont menti".
En lisière du quartier, ce fonctionnaire local occupe une maison d'un étage coincée dans un entrelacs de boyaux de terre battue si étroits que le soleil peine à y déverser un peu de lumière.
Ses ancêtres y ont posé leur sac au XIXe siècle. L'endroit n'était alors qu'un village de pêcheurs, qui a enflé en toute anarchie jusqu'à être englouti par Bombay et ses 22 millions d'habitants.
Sur 240 hectares, Dharavi affiche près de 350.000 habitants au kilomètre carré. Un étouffant labyrinthe où s'emmêlent logements, commerces et ateliers.
- "Heureux" -
Au fil des ans, le bidonville est devenu la plus grande usine de la deuxième ville d'Inde. Tanneurs, potiers et recycleurs y travaillent jour et nuit, pour un chiffre d'affaires annuel évalué à un milliard de dollars.
Le réalisateur britannique Danny Boyle a rendu Dharavi célèbre avec son film "Slumdog millionnaire". Une caricature, regrettent les habitants.
"Les égouts débordent, il n'y a pas d'eau potable et quand il pleut tout est inondé", énumère Bipinkumar Padaya. "On vit dans un bidonville mais on y est heureux".
Les premières grues sont apparues près de chez lui. La rénovation de Dharavi est en marche et SVR Srinivas promet qu'elle sera exemplaire.
"Il ne s'agit pas de moderniser une bidonville, mais de construire une véritable ville dans la ville", s'enthousiasme le patron du Dharavi Redevelopment Project (DRP).
Dans ses brochures, les petits immeubles flambant neufs se dressent au milieu de rues goudronnées, d'espaces verts et de centres commerciaux.
Un rêve sur papier glacé qui, assure M. Srinivas, ne laissera personne sur la route.
"Chaque famille aura un logement, si possible à Dharavi-même", jure-t-il. "Les autres seront relogés ailleurs à Bombay. Quant aux entreprises, elles pourront toutes rester".
Mais pas à n'importe quelle condition.
Les familles présentes avant 2000 y seront relogées gratuitement. Celles arrivées entre 2000 et 2011 pourront y acheter une maison à "petit prix". Quant aux autres, elles pourront louer des logements neufs ailleurs dans la ville.
- Plus de place -
Autre condition, seuls les occupants des rez-de-chaussée profiteront de cette offre. Aujourd'hui, 50% des résidents vivent ou travaillent dans des étages construits illégalement.
Manda Sunil Bhave a la chance de remplir les conditions. Elle se réjouit de quitter le minuscule deux pièces où elle n'a même pas la place de déplier un lit.
"On nous a promis une maison avec des toilettes. Mon rêve...", confie la femme de 50 ans dans son sari bleu.
Mais nombre de ses voisins devront faire leurs valises.
Une perspective que refuse Ullesh Gajakosh, qui a organisé la résistance avec la campagne "Sauvons Dharavi".
"Nous exigeons une nouvelle maison en échange de chaque maison actuelle, un magasin pour chaque magasin", vocifère-t-il. "On ne veut pas se faire virer de Dharavi au nom du développement !"
Dans son combat, il peut compter sur les entreprises du quartier.
Abbas Zakaria Galwani est l'un de ces réfractaires.
Avec la plupart des 4.000 potiers de Dharavi, il a refusé de participer au recensement de sa propriété.
"On nous propose la surface que nous occupons aujourd'hui au sol. Mais moi, je suis installé sur trois étages", rouspète-t-il. "Si Adani ne nous donne pas assez de place dans Dharavi ou nous fait déménager, c'est est fini de nous".
- "Désastre" -
Adani. Plus que les autorités locales, c'est le richissime fondateur du groupe industriel éponyme qui concentre les critiques.
Sa fortune a cru de façon exponentielle depuis l'arrivée au pouvoir en 2014 du Premier ministre Narendra Modi. C'est sans surprise qu'il a remporté le contrat pour rénover Dharavi, en promettant d'y investir 5 milliards d'euros.
Actionnaire à 80% de l'opération, le groupe évalue le coût de la réhabilitation à 7 ou 8 milliards de dollars et espère la mener à bien en sept ans.
Gautam Adani s'est engagé à "créer un nouveau Dharavi de dignité, de sécurité et d'inclusion". Mais ses détracteurs n'y croient guère.
Dans une ville où chaque mètre carré se paie de plus en plus cher, ils l'accusent d'avoir surtout réalisé une très bonne affaire. Dharavi lui ouvre grand les portes du marché immobilier local.
"Ce projet n'est pas destiné à améliorer la vie des gens, seulement les affaires de quelques-uns", tranche Shweta Damle, à la tête d'une ONG locale.
"Les habitants n'ont pas les moyens de se payer les logements qu'on va leur proposer", poursuit-elle. "Les trois quarts de la population devront partir (...) pour des sites où rien n'est prévu pour les accueillir. C'est un désastre".
"Dharavi peut sembler romantique de l'extérieur mais restez-y une nuit et vous verrez combien c'est inhumain", lui répond SVR Srinivas. "Personne ne perdra rien", répète-t-il.
Dans sa petite maison, Bipinkumar Padaya n'en croit rien. "Je ne veux pas me retrouver sans toit", insiste-t-il, "alors je ne partirai pas avant d'être sûr d'en avoir un autre".
H.E.Young--AMWN