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"Polluants éternels" autour de l'incinérateur d'Ivry: une étude ravive les inquiétudes
Des analyses effectuées par la fondation néerlandaise ToxicoWatch, dévoilées fin septembre, ont mis en évidence la présence dans l'air de "polluants éternels" ou PFAS près de l'incinérateur d'Ivry-Paris 13, qui dénonce en retour une "démarche de désinformation".
Construit en bordure du périphérique, à cheval sur le 13e arrondissement de Paris et la ville d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), cet incinérateur d'ordures ménagères est le plus grand d'Europe et brûle chaque année 700.000 tonnes d'ordures, en provenance de 14 communes d'Ile-de-France et de 12 arrondissements de Paris.
Commandée par le collectif 3R (pour "réduire, réutiliser, recycler") et financée par l'ONG Zero Waste Europe, l'étude publiée en septembre a révélé la présence de PFAS dans l'air à proximité de cet incinérateur.
Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), certaines de ces substances, présentes dans quantité d'objets et produits comme les poêles antiadhésives ou les cosmétiques, peuvent avoir des effets délétères sur la santé: taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement des fœtus.
Dans l'étude, des chercheurs de ToxicoWatch, spécialisés dans l'analyse toxicologique des polluants émis par les incinérateurs, ont mesuré la concentration de métaux lourds et de polluants organiques persistants (POP), dont les PFAS, sur les filtres d'aération de cinq écoles primaires situées à moins de 1,5 km du site.
Résultat: les filtres usagés, collectés à Ivry-sur-Seine et Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) entre octobre 2024 et février 2025, font apparaître des niveaux élevés de PFAS.
Pour Thierry Billard, chercheur au CNRS à Lyon et spécialiste des composés fluorés, interrogé par l'AFP, l'étude "montre qu'il y a des PFAS qui circulent dans l'atmosphère". Une conclusion "indéniable".
Mais ces niveaux élevés de "polluants éternels" sont-ils attribuables à l'incinérateur?
"Avec cette étude pilote réalisée avec des moyens limités, on ne peut pas l'affirmer de manière certaine. Cette étude visait principalement à donner des pistes pour des études complémentaires", souligne Amélie Boespflug, coprésidente du collectif 3R qui milite pour des alternatives à l'incinération des déchets.
"On ne dit pas qu'il n'y a pas d'autres pollutions", poursuit-elle. "On dit que justement, c'est parce qu'il y avait déjà des sources de pollution qu'il ne fallait pas en rajouter une de plus en reconstruisant l'incinérateur", en référence à la nouvelle unité de valorisation qui doit entrer en service début 2026 pour remplacer l'incinérateur existant.
Dans une étude datant de février 2025, l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) relève que les températures de combustion des incinérateurs d'ordures ménagères "ne sont pas suffisantes pour garantir une minéralisation complète de tous les PFAS".
- "Préoccupation légitime" -
Propriétaire de l'incinérateur, l'agence métropolitaine Syctom dénonce pour sa part une "démarche de désinformation" et pointe "l'utilisation de protocoles d'analyse approximatifs", créant "un sentiment d'angoisse chez les riverains".
Une réponse "emblématique des tactiques qui peuvent être employées pour discréditer les lanceurs d'alerte", objecte Amélie Boespflug.
A proximité de l'incinérateur, la publication de cette étude a ravivé les inquiétudes des riverains quant aux impacts sanitaires et environnementaux des panaches de fumées blanchâtres qui s'échappent de ses cheminées.
"J'ai été interpellé il y a deux jours par des salariés d'une entreprise installée à Ivry, inquiets de savoir si leur santé était exposée du fait de ces PFAS", raconte le maire communiste d'Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou.
A Charenton-le-Pont, commune voisine, l'inquiétude est tout aussi vive.
"Cela relance la préoccupation légitime de mes concitoyens sur les pollutions ambiantes et sur l'air qu'on fait respirer à nos enfants", abonde Hervé Gicquel, maire LR de Charenton-le-Pont.
"S'il y a émergence de nouvelles formes de pollution qui rejaillissent sur nos communes, il faut que je sache de quoi il en retourne. Et surtout quel est l'environnement qui le dégage", explique l'élu.
Les deux communes ont saisi l'Agence régionale de santé (ARS).
Depuis des années, le collectif 3R alerte sur les nuisances liées à l'incinérateur d'Ivry.
En avril, une étude menée par ToxicoWatch pour ce collectif avait mis en évidence des niveaux importants de métaux lourds et dioxines (un polluant organique persistant) dans des mousses prélevées à proximité.
En 2022, la même fondation avait réalisé une étude commandée par 3R révélant la présence de dioxines dans les œufs de plusieurs poulaillers domestiques de l'aire urbaine parisienne. Depuis, l'ARS recommande de ne pas consommer d'œufs issus de ces poulaillers.
P.Santos--AMWN