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Très puissants et très lents, les ouragans comme Melissa sont plus fréquents
Alimentée par les eaux anormalement chaudes des Caraïbes, la tempête Melissa s'est muée en ouragan de catégorie 5 ne se déplaçant qu'à toute petite vitesse, une combinaison qui pourrait amplifier ses effets, entre vents virulents et pluies diluviennes.
Les scientifiques expliquent que des tempêtes qui s'intensifient rapidement tout en stagnant sont en augmentation alors que le climat se réchauffe.
- "Marqueur du changement climatique" -
D'une tempête tropicale accompagnée de vents soufflant à un peu plus de 110 kilomètres par heure, Melissa est classée en l'espace de 24 heures en ouragan de catégorie 4, avec des vents de 225 km/h. Puis elle s'est encore renforcée en catégorie 5, soit le niveau maximum de l'échelle de Saffir-Simpson.
Sur les cinq ouragans de l'Atlantique cette saison, quatre se sont intensifiés de cette manière spectaculaire.
"Nous n'avons pas eu tellement d'ouragans dans l'Atlantique cette saison, mais une proportion inhabituelle d'entre eux est passée par une phase d'intensification assez rapide", déclare à l'AFP Kerry Emanuel, météorologue et climatologue au MIT.
Il est difficile d'établir un lien de cause à effet entre le changement climatique et les événements en particulier, mais les scientifiques sont plus confiants lorsqu'il s'agit de tendances.
"Pris dans leur ensemble, on pourrait très bien avoir affaire à un marqueur du changement climatique", poursuit-il.
Des températures de surface de la mer plus chaudes injectent plus d'énergie dans les tempêtes, leur donnant du carburant supplémentaire. Mais il faut nuancer: c'est en fait la différence de température entre l'eau et l'atmosphère qui détermine la force potentielle d'un ouragan.
"Ce réchauffement atmosphérique tend à réduire l'intensité, et le réchauffement de la température de surface de la mer tend à augmenter l'intensité", explique à l'AFP David Gilford, scientifique à l'organisation à but non lucratif Climate Central. En général, "la température de surface de la mer l'emporte" dans la détermination de la puissance des tempêtes.
Melissa est passée au-dessus d'eaux plus chaudes de 1,4 °C du fait du changement climatique, selon une première analyse de Climate Central – des températures rendues au moins 500 fois plus probables par le réchauffement causé par l'homme.
- "Situation terrifiante" -
Qui dit océans plus chauds dit aussi tempêtes plus humides.
"Nous estimons qu'il y aura entre 25 et 50% de précipitations supplémentaires lors d'une tempête comme Melissa en raison du changement climatique", juge David Gilford.
Facteur aggravant, la tempête avance lentement, à 4,8 km/h.
L'ouragan devrait déverser entre 50 et 63 centimètres de pluie sur certaines parties de la Jamaïque.
Jill Trepanier, experte en climatologie des ouragans à l'Université d'Etat de Louisiane, évoque la dangerosité des tempêtes comme Melissa.
"Il peut s'agir d'ondes de tempête prolongée. Il peut s'agir de précipitations abondantes sur une période prolongée, et le bassin versant ne peut pas le supporter. Il peut s'agir de la vitesse extrême du vent sur une longue période de temps. La plupart des infrastructures ne peuvent pas le supporter", dit-elle à l'AFP. "Il peut s'agir d'une combinaison des trois éléments".
La scientifique a rédigé un rapport l'année dernière sur les tempêtes stagnantes, relevant que ce type d'événements dans les Caraïbes se produit généralement en octobre, près des côtes.
En principe, les tempêtes stagnantes se meurent à mesure qu'elles aspirent de l'eau froide des profondeurs de la mer.
Melissa sort de l'ordinaire car elle s'est intensifiée en stagnant au même endroit - un signe que l'eau était si chaude, et la chaleur était si profonde, qu'elle a évité cet effet d'autodestruction habituel.
"C'est une situation un peu terrifiante", constate Mme Trepanier.
Selon James Kossin, ancien climatologue de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA), les données montrent clairement que le nombre de tempêtes stagnantes augmente.
Un facteur d'explication possible est "l'amplification arctique" – quand le réchauffement climatique réduit la différence de température entre les basses et hautes latitudes de la planète, ce qui affaiblit les vents faisant normalement avancer les ouragans.
Mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer un lien de causalité, reconnaît-il.
J.Oliveira--AMWN